Le scrutin européen du 7 juin dernier appelle des commentaires particuliers tant les résultats sont riches en enseignements. Une mise en garde d'importance, toutefois : tirer des conclusions hatives du seul scrutin européen constitue toujours une erreur majeure à laquelle, me semble t-il, nombre de commentateurs de la vie politique française n'ont pas échappé. Les leçons du passé n'ont toujours pas été retenues : la percée des Verts dans les années 1980, celle des souverainistes dans les années 1990, par exemple, n'ont jamais, ou si peu, été suivies d'effets par la suite. Prudence, donc !
Ce préambule effectué, nous pouvons effectuer une analyse détaillée approfondie.
En France, d'abord, la victoire de l'UMP est nette :
- la majorité présidentielle arrive nettement en tête, inverse le rapport de force des élections européennes précédentes de 2004 (le PS avait rassemblé près de 29% des suffrages quand le parti d'Alain Juppé obtenait 16% des voix), approche le score historique de Nicolas Sarkozy obtenu au premier tour de l'élection présidentielle et affirme, de manière écrasante, son hégémonie sur la droite de la droite qui n'obtient que 10% des voix quand elle dépassait les 20% en 2004 et les 30% en 1999. Le recul du FN (quoique stabilisé dans le Nord-Ouest) et le tout petit score de Libertas (4,6%, malgré les Pays-de-la-Loire et Poitou-Charentes, quand le MPF et CPNT totalisaient plus de 9% en 2004) illustrent la capacité du locataire de l'Elysée à incarner la synthèse de la France du Oui et du Non. A lui de poursuivre le rythme des réformes : quand la France veut, Sarkozy peut, ou l'inverse... Les Français ont plutôt validé la première partie du quinquennat. Même si la droite populaire, et c'est inquiétant, a nettement décroché.
- le Modem a, certes, échoué mais quelle imprudence aveugle dans les différents commentaires entendus ici ou là ! Non, François Bayrou n'est pas mort, loin s'en faut. Près de 70% de son électorat s'est abstenu selon les différents rapports de la SOFRES ou de CSA, chiffre qui démontre la grande capacité de rebond dont dispose le Béarnais s'il saisit la leçon européenne pour bien préparer les régionales en incarnant une alternative de fond, et non de simple forme, à l'actuelle majorité. La très forte mobilisation des "bobos" citadins (27,5% pour Cohn-Bendit à Paris !!), ses mauvaises prestations dans la dernière semaine (mauvais joueur contre les sondages, égocentré sur 2012,...) et l'opportune diffusion devant près de 9 millions de téléspectateurs du film Home ont détourné, provisoirement selon moi, ses électeurs de la troisième force qu'il prétend incarner.
- A gauche, les forces sont éclatées comme l'était la droite dans les années 1990 : une gauche radicale qui refuse de gouverner (6% pour le NPA et LO), une ultra-gauche qui fait une percée grâce à la campagne dynamique de terrain de Jean-Luc Mélenchon (6% pour le Front de Gauche), Europe-Ecologie (qui, ne l'oublions pas, rassemblait les Verts, les amis de José Bové et ceux de Nicolas Hulot) jubile (plus de 16% des voix) et le PS souffre d'un réel manque de mobilisation et de leadership. Le grand défi de demain pour la rue de Solférino : sa capacité à créer une maison commune de la gauche ouverte à la fois au Front de Gauche et aux centristes, avec des porte-parole renouvelés, tels Peillon ou Filippetti, et un projet audacieux... Seule bonne nouvelle pour la gauche : un Besancenot "cornérisé" par la dynamique de Mélenchon, plus ouvert que l'excessif facteur à la négociation...
Dans les circonscriptions inter-régionales, le PS subit un sérieux revers mais reste favori pour les élections régionales de mars 2010 :
- Ile-de-France : Le PS y subit une cuisante défaite, en étant largement devancé par la liste Europe Ecologie de Daniel Cohn-Bendit (20,87 %, quatre sièges). Menée par les ministres Michel Barnier et Rachida Dati, la liste UMP obtient 29,59 %, contre 17,79 % en 2004. La liste PS, menée par Harlem Désir, n'obtient que 13,57 %, contre 25,02 % en 2004. Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, député européen sortant n'a pas été réélu. Comme dans le reste de la France, le MoDem a subi un revers (8,53 %), seule Marielle de Sarnez étant réélue. Enfin, Libertas perd la moitié des voix obtenus par Paul-Marie Coûteaux en 2004 et franchit, à peine, les 3% devançant d'un cheveu la liste de Nicolas Dupont-Aignan qui obtient un honorable 2,5% (et près de 2% et 300 000 suffrages au niveau national).
- Nord-Ouest : L'UMP arrive largement en tête avec 24,22 % et quatre élus, et double quasiment son score de 2004. Le PS est devancé dans les quatre régions de la circonscription (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Basse et Haute-Normandie), pourtant toutes dirigées par des socialistes. Europe Ecologie a presque doublé son score (12,10 % contre 6,83 %, un élu) et le Front national est en légère baisse (10,18 % contre 12,86 %, un élu), mais Marine Le Pen est réélue au Parlement européen. Le FN obtient dans cette région le meilleur score national du parti. Le MoDem (8,67 %) et le Front de gauche (6,84 %) comptent chacun un élu.
- Ouest : Retournement de situation cinglant pour le Parti socialiste, qui était arrivé en tête en 2004 : dans tous les départements, l'UMP remporte la majorité des suffrages. La majorité présidentielle menée par Christophe Béchu remporte ainsi 3 sièges, devant le PS (19 %, 2 élus). Europe Ecologie remporte 2 sièges, avec notamment l'élection au Parlement européen de Yannick Jadot, ancien de Greenpeace. La tête de liste du MoDem, Sylvie Goulard, est élue. Enfin, Philippe de Villiers conserve son siège de député européen, grâce à un bon score sur ses terres (33% par rapport aux 38% de 2004).
- Centre Massif Central : avec 28,51% des voix, l'UMP arrive largement en tête devant le PS (près de 18%) et les Verts (13,5%). 3 sièges pour la majorité présidentielle portée par Brice Hortefeux, 1 siège pour le PS et 1 pour Europe-Ecologie. Le Modem n'atteint pas la barre des 10% (8,1%), juste devant le Front de Gauche. Et Libertas ne franchit pas le seuil des 5% malgré le soutien des chasseurs (2,5% en 2004). A noter le score surprenant des écologistes indépendants de Francis Lalanne, Antoine Waechter et Partice Drevet qui récoltent près de 3,5%, comme au niveau national : Home, sweet Home...
- Sud-Ouest : Avec moins de 18 % des voix, le Parti socialiste s'est là aussi effondré : il devra se contenter de deux sièges. La liste UMP de Dominique Baudis réussit vraiment son pari : le patron de l'Institut du Monde Arabe (IMA) est arrivé en tête avec près de 27 % des voix, et envoie 4 élus au Parlement européen. Les écologistes conduits par José Bové ont, comme au niveau national, fait une percée significative en récoltant 15,7 % des suffrages et 2 sièges. A Bordeaux et Toulouse, ils ont même obtenu respectivement 22,34 % et 22,04 % des suffrages. Le MoDem, conduit par le président du Credoc, Robert Rochefort, ne parvient pas à faire mieux que 8,6 % (1 élu), devançant d'un cheveu la liste Front de gauche (8,15 %), conduite par Jean-Luc Mélenchon. Le sénateur de l'Essonne devrait donc abandonner le Sénat pour le Parlement européen.
- Est : Joseph Daul, tête de liste de l'UMP, sortant dans l'Est, a été réélu avec 29,30 % des voix (4 sièges), devançant largement les listes PS (16,89 %) et Europe Ecologie (14,52 %), conduites par Catherine Trautmann et Sandrine Bélier. Le MoDem a fait à peine mieux que le Front national (9,43 % contre 7,66 %, un siège chacun).
- Sud-Est : La liste UMP, conduite par Françoise Grossetête, députée sortante, réalise un bon résultat, avec 29,5 % des voix, et envoie cinq élus à Strasbourg. La liste PS conduite par Vincent Peillon réalise un score décevant et ne remporte que 2 sièges ; le député sortant avait abandonné sa région Picardie pour se présenter dans le Sud-Est. La bonne opération est réalisée par la liste Europe Ecologie menée par Michèle Rivasi : avec 17,3 %, les écologistes enverront trois députés au Parlement européen. Le MoDem, emmené par l'ex-écologiste Jean-Luc Bennahmias, n'arrache qu'un seul siège avec 7,50 % des voix. Les centristes sont dépassés par le Front national, qui obtient 8,5 % des voix, sauvant le siège de Jean-Marie Le Pen.
- Outre-mer : L'UMP retrouve la première place aux élections européennes dans la circonscription outre-mer. Mais, paradoxalement, sa tête de liste Marie-Luce Penchard, tout comme Ericka Bareigts (PS), n'ont pas été élues lors d'un scrutin au taux de participation très faible (23,12 %). L'ancien député Elie Hoarau (PCR) arrive en tête dans l'océan Indien. Le Néo-Calédonien Maurice Ponga (UMP) est élu dans le Pacifique et le vice-président du conseil régional de Guadeloupe, Patrice Tirolien (PS), en Atlantique, malgré un mauvais score (15,58 %).
Enfin, au niveau européen, les forces de droite arrivent largement en tête sur les 736 sièges :
| Groupe politique | Nb de sièges | Score en % |
|---|---|---|
| PPE (Droite) | 264 | 35.9 |
| PSE (Gauche) | 161 | 21.9 |
| ALDE (Libéraux et démocrates, dont Modem) | 80 | 10.9 |
| Les Verts | 53 | 7.2 |
| Europe des Nations (Droite conservatrice) | 35 | 4.8 |
| Gauche radicale | 32 | 4.3 |
| IND-DEM (dont UKIP anglais (14 sièges) et l'élu Libertas) | 18 | 2.4 |
| Autres (dont conservateurs britanniques et tchèques) | 93 | 12.6 |
Ces élections européennes ont ainsi signifié, nettement, la victoire d'une Europe politique, enracinée et concrète, respectueuse des Peuples et des Démocraties, d'une
Europe qui tourne le dos aux technocrates bruxellois. A l'image du programme de Silvio Berlusconi, des conservateurs britanniques, de la CDU-CSU allemande ou encore de l'UMP française. Et
la validation de la stratégie européenne de Nicolas Sarkozy qui avait réconcilié les partisans du Oui et du Non à la Constitution européenne lors de la Présidence française de l'Union au
dernier semestre 2008.
La deuxième partie du quinquennat commence avec en ligne de mire la nécessité de poursuivre les réformes pour adapter la France aux enjeux de notre temps, mais aussi
des élections régionales de mars 2010 qui s'annoncent très compliquées pour la majorité présidentielle avec nombre de ministres têtes de liste, comme ici en région Centre
avec Hervé Novelli.
Pour ce faire, il faudra mobiliser et convaincre les électeurs de la droite populaire qui ont boudé les urnes dimanche dernier (70 à 75% d'abstention chez les ouvriers, les
employés et les classes moyennes), qui n'avaient pas fait défaut à Nicolas Sarkozy en 2007 et qui, seuls, pourraient faire basculer les régions détenues quasi-exclusivement par le Parti
socialiste depuis 2004. L'enjeu est d'importance. A suivre...
Depuis quelques semaines, la mèche sociale crépite. "La situation est
révolutionnaire" s'est même cru autorisé à dire "l'opposant" Dominique de Villepin. De sérieux coups de sang, en tout cas, oui. Depuis septembre, on dénombre plus de soixante-dix plans
sociaux, et beaucoup résultent de la crise qui frappe le monde avec une violence inouïe en mettant, en France, chaque mois, de 60 000 à 80 000 personnes sur le carreau. Et une petite dizaine ont
donné lieu à des débordements inacceptables, du saccage de la sous-préfecture de Compiègne aux séquestrations de cadres : le PDG de Sony à Pontons-sur-l'Adour et de 3M Santé à Pithiviers en mars
; Caterpillar à Grenoble, Scapa à Bellegarde ou encore Molex à Villemur-sur-Tarn en avril où le co-gérant et la DRH ont été séquestrés pendant près de trente heures.
L'argent des patrons est devenu un enjeu social. Haro sur les riches. "Les
capitalistes, disait Lénine, vendront la corde qui permettra de les pendre". A chaque jour son scandale, dont on ne sait trop s'il faut l'inscrire au compte de l'autisme,
du mépris ou de la pure cupidité. En 2006, Antoine Zacharias, parti de Vinci, recevait 170 millions d'€ de stock-options et 13 millions d'€ de prime ; en 2005, c'était Noël Forgeard, le
patron d'Airbus, qui touchait 8,5 millions d'€ d'indemnités. Et après eux, Patricia Russo, la directrice générale d'Alcatel-Lucent (6 millions) ou encore Serge Tchuruk (5,7 millions). Sans
oublier, la semaine dernière, la Société générale qui annonçait la distribution de 70 000 stock-options au président Daniel Bouton et 3,7 millions d'€ au directeur général Frédéric Oudéa, qui y
ont finalement renoncé sous la pression politico-médiatique.
Un blessé du côté des policiers
et onze interpellations, dont un jeune poursuivi pour « outrage et rébellion », voilà le bilan d’une fête à l’arrache lancée sur
Facebook à Tours la semaine dernière. Les trois cents « jeunes » ayant répondu à cet appel ont mis le feu à des palettes et à des cartons, en plein cœur du centre ville
de Tours, place Plumereau. Pompiers et policiers, prévenus par des riverains, ont alors été accueillis par des jets de canettes, puis de pavés. Ces heures de violence et d’affrontements avec la
force publique, s’apparentaient du côté des émeutiers à des « affrontements pour le plaisir de l’affrontement », selon des témoins de la scène. La Nouvelle République parle
« d’incidents inédits » à Tours. Certes. Inquiétants et intolérables aussi dans une société dite civilisée. Je le dis d’autant plus facilement que j’ai visionné des images de ces
affrontements, disponibles sur les sites de partage de vidéos.
Alors qu’on entame la sixième semaine de
conflit social aux Antilles, je souhaitais revenir sur celui que cette crise a fait émerger au premier plan de la scène politique et médiatique, en outre-mer mais aussi en France. Elie Domota,
visage de la révolte ultra-marine, est-il le révolutionnaire rouge, le Che Guevara des temps modernes, le Besancenot des DOM, ou le faux prophète des pauvres ? Un peu de tout ça,
évidemment. Les sujets de mécontentement et de manifester ne sont pas irréels ou inventés. Ils existent bel et bien et sont, essentiellement, les mêmes qu’en métropole : pouvoir d’achat, vie
chère, stagnation des salaires ; mécontentements sociaux, économiques mais doublés de problématiques historiques, politiques et identitaires propres à la situation de nos départements
d’Outre-Mer. Je comprends, en un sens, la colère de nos compatriotes qui se sentent délaissés, relégués, et considérés comme des citoyens de « seconde zone » parce que loin de la
métropole, loin des préoccupations de Paris, des débats du gouvernement, des élites françaises. Malgré l'investissement, en 2008 encore, de plus de 16 milliards d'€ pour les DOM-TOM, la gestion
de la crise des Antilles par nos gouvernants, fut, à cet égard, éloquente : un secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer qui a brillé par son départ symbolisant plus que jamais un « courage,
fuyons ! » irrattrapable, un ministre de l’Intérieur et de l’Outre-Mer qui a brillé par son absence, et même un chef de l’Etat, d’habitude si prompt, qui a brillé par sa lenteur à
prendre au sérieux le vent de révolte grandissant en Guadeloupe et en Martinique. Si les motifs son valables, les méthodes sont elles, pour le moins scandaleuses. Le leader du LKP refuse de
mettre un terme à cette situation pourtant intenable pour tous nos compatriotes d’Outre-Mer : plus d’essence, plus d’école, plus de ravitaillement alimentaire… Au préfet de la Guadeloupe,
voix de l’Etat, qui a appelé à la cessation des blocages et la reprise à la vie normale, Elie Domota répond que cet appel est « tout à fait cavalier et
irrespectueux »…
Donner au train des idées d’avance, c'est
ambitieux, mais pourquoi ne pas juste faire arriver les trains à l’heure ? La SNCF et la communication, c’est une grande d’histoire d’amour, mais d’abord d’humour. Des slogans décalés,
un logo qui se transforme en escargot quand on le regarde à l’envers, des agents et des dirigeants dont les réponses frisent souvent l’absurde…
"Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit !".
Souvent, dans nos analyses et nos commentaires, nous nous inquiétons de tel
événement, de tel projet de loi, de telle décision politique. Il existe, pourtant, de nombreuses raisons de nous réjouir aussi. C'est le cas de l'environnement économique de notre département. Ne
nous méprenons pas, il ne s'agit pas de laisser la place à la naïveté et à l'aveuglement. Oui, la France, comme le monde, connaissent une crise sans précédent. Oui, la Touraine subit de plein
fouet les difficultés mondiales, aggravées par la politique caricaturale et absurde de la nouvelle présidente du Conseil général, Claude Roiron, qui, en décidant d'augmenter fortement les impôts
locaux (+ 12% au moins pour les trois années qui viennent), asphyxie encore davantage notre économie locale.
Nicolas Sarkozy et même Ségolène Royal nous auraient presque fait oublié qu'ils existaient. Pragmatiques et
novateurs, le locataire de l'Elysée et la dernière victime en date de l'appareil socialiste laissaient à penser qu'ils avaient disparu. Hier, ils étaient, parfois, à droite ; aujourd'hui,
ils pullulent, surtout, à gauche. "Ils", ce sont les vieux éléphants de l'idéologie, les derniers représentants du dogmatisme et du sectarisme, les chantres des préjugés et des
vieilles recettes.
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