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Jeudi 20 novembre 2008

Décidemment, ils sont aveugles. Peut-être définitivement. Question d'esprit formaté. Les grèvistes, arcboutés et enfermés dans leurs conservatismes, n'ont toujours pas compris que le monde avait changé, que le monde nécessitait un mouvement permanent, que les réformes étaient inéluctables. Et pourtant, une de plus. Une énième grève. La grève, ses slogans, ses manifestations, ses cortèges, ses revendications. Dépassés, ils défilent encore, grimés et tambourinant. Impression désespérante de redite, de dérision, d’inutilité.

La politique quantitative a atteint ses limites : ni l’économie ni la démographie de notre pays ne demandent d’augmenter le nombre de professeurs. Ce qui n'empêche pas, d'ailleurs, de réformer aussi les salaires : est-il normal qu’un professeur qui a passé un concours de bon niveau, à bac + 3 ou +5, avec une chance sur 15 d’y être admis, commence avec un salaire qui équivaut à 1,3 Smic ? Je ne le crois pas. Des professeurs moins nombreux, mieux payés et travaillant plus, telle est la solution de demain.

Oh, certes, comment ne pas avoir de respect pour les professeurs ? Si chacun des 1 100 000 agents de l’Education nationale a son rôle, le succès de l’ensemble repose sur le professeur dans sa classe. C’est lui qui constitue le point fort de notre système éducatif, la cellule de base d’où tout procède. Changez les théoriciens de la pédagogie, les sociologues de tout acabit, les commentateurs avisés, les illisibles docimologues, les professionnels du cours théorique, les énarques de l’administration centrale, les pondeurs de circulaires, les harceleurs textuels, les ministres de passage : vous ne toucherez pas l’essentiel. Installez un mauvais professeur dans une classe : tout s’écroule. 

Je les aime, mais ils ont tort. Tort de ne pas ouvrir les yeux. Tort de ne pas comprendre les indispensables réformes. Tort de ne pas accepter l'évidence : le système scolaire français est à bout de souffle. Un exemple, un seul : dans un pays qui investit autant de confiance et de moyens dans son Education, il n'est pas concevable que 15% des élèves quittent aujourd'hui l'école avec de graves lacunes dans la maîtrise de la lecture, de l'écriture et du calcul.

Ceux qui ont quitté le système éducatif, depuis quelque temps déjà, envisagent souvent l'école primaire comme une première étape, exigeante mais vite surmontée, qui précède les difficultés plus sérieuses de l'enseignement secondaire ou du supérieur. Cette impression erronée se nourrit le plus souvent de la nostalgie de ces années insouciantes, dont la mémoire ne conserve, bien des années après, que de brefs souvenirs : la mélodie obsédante des tables de multiplication, le tracé malhabile des lettres de l'alphabet sur le papier à rayures, l'angoisse de la poésie récitée devant toute la classe.

Mais pour l'enfant qui commence à peine sa vie d'élève, la réalité de l'école est tout autre. Elle est une source continue de sollicitations nouvelles, de stimulations intellectuelles et d'incompréhensions passagères que viennent résoudre les explications et les exercices proposés par l'enseignant. Elle est une remise en cause permanente de la perception incomplète du monde sur lequel l'enfant avait bâti sa personnalité jusqu'alors. Nous l'oublions parfois, mais l'école primaire est toujours une étape difficile, parce qu'elle s'adresse à des êtres en devenir et parce que son projet pédagogique est exigeant. Mais elle ne doit jamais cesser d'être ambitieuse, car c'est sur elle que repose, presque toujours, la réussite ou l'échec scolaire de l'élève. Ce n'est pas au collège, encore moins au lycée, que se comblent les petites lacunes et les grands retards accumulés à l'école primaire. C'est l'école primaire qui donne à l'élève l'ensemble des connaissances et des compétences essentielles qui lui permettront d'aller plus loin dans son parcours scolaire et de réussir, plus tard, son insertion dans la vie professionnelle. Affirmer une ambition pour l'école primaire, ce n'est pas seulement rappeler la grandeur de ses origines et l'importance de sa mission. C'est lui assigner des objectifs précis quant à la réussite scolaire des élèves. Et la réforme va dans ce sens :

- Stages d'aide personnalisé et d'accompagnement éducatif autour d'enseignants volontaires mieux rémunérés. Pour en finir avec cette inégalité choquante qui veut que seuls les enfants, dont les parents disposeraient des moyens de les inscrire dans des cours particuliers, auraient une chance réelle d'échapper à l'échec scolaire. Ce développement de la réussite payante semble contraire aux principes fondamentaux de l'école républicaine. Si l'école est gratuite et obligatoire, la réussite scolaire doit l'être, elle aussi.
- Recentrer l'école sur les enseignements essentiels. Pendant des années, on n'a cessé de vouloir augmenter le nombre des connaissances, des compétences et des informations que les enfants devaient recevoir de l'école, sans se soucier de la cohérence pédagogique de ces apprentissages. Les programmes eux-mêmes étaient devenus trop longs, trop lourds, trop illisibles. La réforme concerne toutes les disciplines, mais elle est particulièrement sensible dans les domaines du Français, de l'Histoire  et des mathématiques : enseignement de la grammaire, du vocabulaire et de l'orthographe, pratique de la récitation et de la rédaction,  maîtrise parfaite des quatre opérations avant d'entrer au collège, repères chronologiques fondés sur la connaissance des grandes dates de l'histoire de France,...
- Aprentissage de l'instruction civique et morale qui remplace l'éducation civique. Cet enseignement permet à l'enfant de découvrir progressivement les valeurs, les principes et les règles qui régissent l'organisation des relations sociales, depuis l'observation des règles élémentaires de civilité jusqu'aux règles d'organisation de la vie démocratique. Il inclut la connaissance des symboles de la République française et les traits constitutifs de la Nation française, du projet européen et de la francophonie.

La réforme de l'école ne mérite pas une grève, ne mérite plus ces inutiles conflits. C'est le contrat social éducatif qui est en jeu. Transmettre le savoir, c'est guider l'élève vers une forme de liberté et une forme de responsabilité et c'est prendre en même temps, au nom de la société tout entière, l'engagement moral de ne pas échouer dans cette mission. Tous, nous avons un devoir de réussite pour l'école primaire. Puisse Xavier Darcos tenir bon et continuer !

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Jeudi 13 novembre 2008

Que Barack Obama soit un bon président, c'est, évidemment, ce que je souhaite pour les Etats-Unis comme pour le monde. Mais, pitié, cessons les commentaires naïfs pétris d'arrogance française. Obama a été élu parce qu'il "incarnait le changement et non parce qu'il était noir", comme l'a si bien dit Nicolas Sarkozy. Les Américains ont clairement voulu tourner la page des années Bush. Ils ont cherché son exact opposé. "Contrairement à toutes les interrogations en France, avant le scrutin, la question noire n’a joué aucun rôle, ni pour ni contre, ce n’était tout simplement pas le sujet. Les électeurs ont majoritairement pensé qu’Obama était le meilleur pour les sortir de la crise économique, de l’impasse écologique, du bourbier diplomatique. Pour l’image des Etats-Unis, c’est une formidable opération : dans le monde entier, les Américains ont gagné vingt points de popularité en une nuit" analyse Hubert Védrine, avocat international et ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement Jospin de 1997 à 2002.
Lucide et clairvoyant, comme d'habitude, le brillant diplomate socialiste. Rare, au milieu des borgnes et des aveugles qui font de Barack Obama, comme l'écrit, avec pertinence, Patrick Besson, chroniqueur à l'hebdomadaire le Point, "un mélange de Martin Luther King et de Descartes, avec un zeste de l'abbé Pierre. Un dalaï-lama qui aurait réussi en Chine. Un Gandhi plus athlétique et mieux habillé. Un Nelson Mandela rajeuni de cinquante ans, avec le dernier ordinateur de Bill Gates et un nouveau coeur du professeur sud-africain Barnard. Un Toussaint Louverture Net et Internet. (...) Les hommes politiques sont des hommes, quelle que soit leur couleur. Pas des dieux. Il est donc inapproprié de se mettre à genoux devant eux, y compris avec un stylo".
Et d'ajouter : "les Etats-Unis ont un président noir, ce qui semble faire oublier au monde qu'il est démocrate. De ces Démocrates qui ont attaqué le Mexique et imposé la Prohibition sous Wilson, envoyé les premières bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki au temps de Truman, favorisé la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy, commencé la guerre sous Johnson, bombardé Belgrade et Bagdad sous Clinton. Que je sache, les Démocrates, pas plus que les Républicains, n'ont réduit les inégalités sociales aux Etats-Unis, ni moralisé la vie publique".
Sans oublier qu'Obama est favorable à la peine de mort et au port des armes. Qu'il milite pour l'envoi de nouvelles troupes en Afghanistan sans, pour autant, remettre à plat les objectifs, la stratégie, le mode d’organisation, le volet politique inexistant jusqu’à présent et la concertation avec les pays voisins. Comme le résume si bien Hubert Védrine, sur les ondes et les plateaux de télévision, depuis bientôt une semaine : " nous serions dans l’erreur si on voyait en Obama une sorte d’Européen post-moderne, cosmopolite. Il sera avant tout un président américain qui défendra les intérêts de son pays. On peut parier que, dans la combinaison entre ouverture et protection qu’Obama mettra en oeuvre, il y aura sans doute davantage de protection".
Pendant ce temps-là, la France succombe à l'auto-flagellation. Ridicule et indécente. La France n'a pourtant pas à rougir, elle qui avait cinquante ans d'avance, bien avant Kofi Yamgnane, secrétaire d'Etat des gouvernements Cresson et Rocard, élu maire de la petite ville de Saint-Coulitz en Bretagne, en 1989 : Gaston Monnerville, petit-fils d'esclave de Guyane, fut président du Conseil de la République en 1947, président du Conseil général du Lot de 1951 à 1970 et, surtout, président du Sénat de 1959 à 1968, deuxième personnage de l'Etat ; et que dire des Léopold Sédar Senghor et Houphouët-Boigny, ministres d'Etat sous De Gaulle et Debré !
Que les Français réfléchissent bien. Deux modèles de société, si différents, s'offrent à eux : d'un côté, "l'affirmative action", la discrimination positive, chère aux Américains qui leur permet, certes, de voir Barack Obama franchir les portes de la Maison-Blanche mais qui, dans le même temps, tolère que près de 50% des noirs américains de 18 à 25 ans se trouvent en prison ; de l'autre, "l'égalité républicaine" propre à la Patrie des Droits de l'Homme qui combat, à juste titre, le communautarisme et les critères ethniques. En se fondant sur l'expérience, la justice et les valeurs républicaines, comment ne pas choisir le seul modèle qui puisse perdurer, tout en l'améliorant : celui qui fonde la promotion et la réussite sur la compétence et le mérite.
Comme le dit, avec justesse et anticipation, Nicolas Domenach, chroniqueur à Marianne, "le vrai débat, le grand débat de demain n'est pas de savoir quelle sera la couleur de la peau de celle ou celui qui occupera la fonction présidentielle. Ce n'est pas un débat de race, c'est un débat de classe. De classe sociale. Pourquoi un fils d'ouvrier ne peut pas encore, en France, devenir président de la République ?"

par gp publié dans : vie nationale
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Samedi 1 novembre 2008

Ah la gauche française ! Trois fois défaite lors des dernières élections présidentielles (1995, 2002 et 2007), muette et cacophonique, elle s'enferme dans un nombrilisme forcené à quelques jours du vote interne, prévu le 6 novembre. Et à y regarder de plus près, la campagne interne du Congrès du Parti socialiste, qui devait tourner la page des années Hollande, le brillant Premier secrétaire élu, sans discontinuer, depuis Brest (1997) jusqu'au Mans (2006), intrigue par sa recette au goût moisi : faire du très vieux avec du vieux. Enfermés dans un archaïsme hallucinant et un conservatisme à toute épreuve, noyés dans la polyphonie des égo, les quatre principaux candidats au poste de Premier secrétaire semblent avoir oublié que nous avions changé de siècle.

Le favori, Bertrand Delanoé, parisianiste forcené, sous couvert de social-démocratie, refuse d'appliquer la loi sur le service minimum dans les écoles de la capitale, souhaite mettre sous conditions de ressources les allocations familiales et annonce, dans le même temps, à destination des naïfs qui le pensaient modernes, une hausse vertigineuse des impôts locaux de 9% en 2009 à Paris ; Martine Aubry, l'une des dernières en France à croire aux bienfaits des 35h sur l'économie et le pouvoir d'achat, s'époumonne, sur tous les tons, en affirmant sa volonté de "renouer avec les valeurs de la gauche". "Je rêve qu'on soit dans les manifestations. Camarades, ressortez les banderoles, on va en avoir besoin! " a lancé, jeudi dernier, le maire de Lille. Gouverner par la manifestation : on croirait du Jules Guesde avec les accents de Georges Marchais. Pauvre Jean Jaurès... Quant à Benoît Hamon, le ténébreux porte-parole de l'aile rouge du parti, c'est "plus à gauche que moi, tu meurs" : interdiction des licenciements, indexation des salaires sur les gains de productivité, SMIC à 1500 €, création d'une CSG d'entreprise... Un vrai Besancenot en cravate, soutenu par les piliers du Musée Grévin socialiste : Jean-Luc Mélanchon, Henri Emmanuelli ou encore le déjà très vieux Bruno Julliard, l'ancien président de l'UNEF, le syndicat anti-réformes des étudiants. Reste Ségolène, que tout le monde raille, mais qui, déterminée et solide, pourrait être la surprise du scrutin selon des notes internes qui circulent rue de Solférino. Forte des 17 millions de suffrages obtenus en 2007 face à Nicolas Sarkozy, elle s'écarte du Parti et dépoussière, un peu,  les vieilles idées en soutenant par exemple une vraie politique en faveur des PME ou encore une Europe des grands projets contre les technocrates, tout en s'enfermant, ces derniers jours, dans les éternelles lubbies du Parti, en donnant dans la surenchère anticapitaliste. Souvent caricaturale, limitée lors des débats télévisées, et parfois autoritaire, jusqu'en Poitou-Charentes, elle bénéficie toutefois de deux arguments de poids qui la rendent, avouons-le, plus sympathique que les autres candidats : la haine que lui portent les vieux éléphants, et surtout la présence, à ses côtés, de deux quadras brillants et audacieux, l'euro-député Vincent Peillon et le maire d'Evry, Manuel Valls qui, tous deux, s'illustrent par leur volonté réformiste et pragmatique : refus de l'assistanat, défense de la laïcité, réforme des retraites, fermeté sur la sécurité,...

Comme quoi, le Parti socialiste a perdu une bonne occasion de se réformer et aurait été mieux inspiré de faire confiance à la nouvelle génération. Rien de nouveau à gauche, donc. D'aucuns répètent, à longueur d'antennes et de débats, que la politique nécessite une opposition forte, solide, moderne et rassemblée. Et si, en ces temps indispensables de réformes nécessaires et courageuses, la cacophonie socialiste n'était pas, au contraire, pour la France, une très bonne nouvelle ?

par gp publié dans : vie nationale
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Vendredi 24 octobre 2008

Sous l'empire de la crise économique la plus violente qu'on ait connue depuis 1945, provoquée par le dogmatisme mondialiste et ultra-libéral, il est temps de tirer quelques leçons d'un des évènements les plus importants de ce début de siècle :

- la victoire de l'Europe des Nations et des Etats : jamais les technocrates de la Commission de Bruxelles ne se seront à ce point ridiculisés. Absents, suiveurs, hagards, regardant les trains passer, ceux de l'effondrement des marchés comme ceux des nécessaires solutions, ils sont les grands perdants de la crise et la preuve vivante que le technocratique ne peut rien quand le politique décide de reprendre le pouvoir. La plus belle illustration fut donnée, il y a une quinzaine de jours, par la réunion du G14 à l'Elysée autour de Nicolas Sarkozy : ni mesures fédérales, ni solutions bruxelloises, ni ambition technocratique. La réponse de l'Europe fut nationale : un audacieux plan de mesures nationales coordonnées au niveau Européen. Loin de tout protectionnisme inefficace "chacun pour soi, zéro pour tous", loin de toute technocratie archaïque, les chefs d'Etat et de gouvernement ont choisi la voix du pragmatisme et du réel : la puissance de notre continent, ce n'est pas l'Europe intégrée qui dévore tout, c'est l'Europe qui coordonne et additionne les talents et les richesses. L'Europe de Bruxelles est morte, vive l'Europe des Etats-Nations.

- la synthèse réussie de Nicolas Sarkozy : comme le proclamait Eric Zemmour au temps de la campagne présidentielle de 2007, il existe deux Sarkozy. D'abord, le libéral, à la sociologie bourgeoise, porté par un électorat des « beaux quartiers », qu'il a reçus en héritage de Balladur, qui lui-même l'avait reçu de Pompidou, et pour remonter plus loin, des Orléanistes. Ils ont approuvé son bouclier fiscal, la suppression des droits de succession, le service minimum, l'assouplissement du marché du travail, la réforme annoncée de l'État. C'est le Sarkozy I, celui d'hier et de toujours, qui brocardait le « modèle social français » et donnait en exemple les Anglais de Tony Blair. Celui que les socialistes attendaient au coin du bois du « libéral, communautariste, atlantiste ». Qu'ils n'ont jamais pu atteindre.
Car la crise a révélé un Sarkozy II : patriote et social. Celui qui exalta Jeanne d'Arc et Jaurès, de Gaulle et Zola. C'est ce Sarkozy-là qui déjoua les pièges de ses opposants. Qui lui permit d'atteindre 31 % des voix dès le premier tour. Qui redonna à la droite un électorat populaire, d'ouvriers et d'employés, de salariés parfois très modestes, réunis surtout autour du Bassin parisien, de l'Est et du Sud-Est de la France, ces « pays » où naquit la Révolution française, soucieuse d'égalité et de méritocratie, les terres des « Marches » aussi, au patriotisme farouche, qui ont subi toutes les invasions de la France. Il acclamait le Sarkozy pourfendeur de l'assistanat.
Pour séduire ses électorats disparates, Sarkozy a ressuscité un classique de l'histoire politique française : la synthèse bonapartiste et les lignes magiques de l'Empereur : ordre et égalité. Dynamisme économique et protection. Durant sa campagne, Nicolas Sarkozy n'hésitait pas à réclamer le retour de la « préférence communautaire ». Ce n'était pas encore le blocus continental, mais cela suffisait à exaspérer les apôtres du libre-échange et les dirigeants communautaires. La synthèse bonapartiste donna son plein régime sous de Gaulle et Pompidou, qui pouvaient marier, à l'abri de frontières françaises et européennes, colbertisme industriel et méritocratie, liberté et sécurité. Lors de ses visites innombrables et chaleureuses dans les usines, Sarkozy déclara sa flamme au monde ouvrier et à l'industrie française ; donna en exemple son sauvetage réussi d'Alstom.
Mais la mondialisation est une dérégulation ; elle crée de la liberté et du désordre ; libère l'économique de la tutelle du politique, et consomme son divorce avec le social ; provoque un transfert massif des industries de main-d'oeuvre dans les pays à bas salaires ; un accroissement formidable des richesses mais aussi des inégalités. Entre les pays et au sein des nations elles-mêmes. La culture anglo-saxonne, d'éthique protestante, les tolère mieux que le logiciel français, d'essence catholique. Dès l'annonce de son élection triomphale, le 6 mai 2007 au soir, Nicolas Sarkozy exhortait ses partenaires européens à entendre la voix des peuples qui voient dans l'Europe « le cheval de Troie » de la mondialisation. Pendant la campagne, les responsables communautaires lui avaient d'avance répondu, Jean-Claude Trichet défendu l'euro fort, et le président de la Commission, Manuel Barroso, rejeté avec véhémence tout retour à la préférence communautaire ou à une politique industrielle européenne. Nicolas Sarkozy et la France étaient terriblement isolés. Le journal britannique des milieux d'affaires, le Financial Times, lui lançait récemment en guise d'avertissement : « Sarkozy sera-t-il un libéral économique ou un interventionniste populiste ? »
Pendant toute la campagne et depuis son élection, Sarkozy a refusé d'entrer dans ses débats idéologiques. Théologiques. Au nom du pragmatisme. De l'action. Qui, selon lui, devrait concilier les contraires, réconcilier l'économique et le social, le dynamisme des uns et la protection de tous. Cette conciliation, c'est la tâche herculéenne que la crise financière lui a permis de réaliser, et pas seulement par le verbe. À la vieille question de Lénine, « Que faire ? », Sarkozy a choisi de répondre : faire. Tout est possible.

- la France est de retour, la gauche se meurt : et dire qu'il n'y a pas si longtemps, ses adversaires l'appelaient "Sarkozy l'Américain" ! Le besoin de régulation, la nécessité d'imposer des règles, c'est un langage que tenaient déjà François Mitterrand à Ronald Reagan et Jacques Chirac à Bill Clinton. Mais rien n'y faisait. Leurs homologues anglo-saxons s'esclaffaient et plaisantaient sur "ces Français qui ne changeront décidemment jamais". Et puis il y eut Lehman Brothers et ses invraisemblables conséquences : la victoire, in fine, de la vision française du monde : tout ne se résume pas à la consommation, au profit, à l'argent facile, aux Bourses et au libre-échangisme absolu. Les valeurs d'ordre, de mesure, de règles, sont indispensables. Le principe de réalité est là, et les PME, comme les valeurs de bon sens, retrouvent leur primauté : qui aurait pu penser, il y a quelques semaines encore, que le président des Etats-Unis accepterait, à l'initiative de la France, un sommet sur une vaste réforme de la finance mondiale ? Par-delà les aigreurs des esprits chagrins - "un sommet, à quoi bon", quel symbôle ! Oui, la France est de retour, tout comme le patriotisme économique : pragmatique, Nicolas Sarkozy vient d'annoncer la création d'un fonds d'investissement stratégique dont le principe est hérité tout droit du colbertisme des gaullistes historiques. Ministre de l'Economie, il avait déjà volé au secours d'Alstom, en contradiction avec l'orthodoxie bruxelloise ; président, il crée une sorte de banque publique des investissements , idée que la gauche portait il y a encore quelques années. Pauvre gauche, ses (quelques rares) idées sont pillées. Enfermée dans les idéologies, elle n'a pas encore compris que le XXIème siècle serait celui du pragmatisme et du réalisme.
Cette crise marque probablement le commencement véritable du XXIème siècle : nouveau monde, nouvelles valeurs. Malraux disait : "le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas". Il s'est sans doute trompé : et si notre siècle était celui du politique ?

par gp publié dans : vie nationale
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Lundi 13 octobre 2008

Pour les derniers naïfs qui doutaient de la nécessité d'affirmer haut et fort les valeurs de la République et de conforter l'intransigeance de l'Etat de droit quand il est à ce point méprisé, qu'ils s'interrogent, une fois encore, sur les évènements survenus à Tours en fin de semaine dernière. Jeudi, le Tourangeau William Affoyon, porte-parole local du groupe extrémiste tribu Ka, est interpellé pour diffusions de propos injurieux et orduriers, à caractère raciste et antisémite, après avoir "oublié" de se présenter, le matin même, devant le tribunal correctionnel pour outrages à magistrat. Dans les minutes qui suivent, quatre de ses amis se présentent devant le commissariat, promettent de "revenir armés pour libérer leur frère", multiplient les menaces de mort et les provocations devant les policiers, bousculent une femme enceinte et empoignent un policier avant d'être, enfin, interpellés et placés, eux aussi, en garde à vue, avant d'être une fois de plus relâchés. On apprendra plus tard que, dans la matinée, ils s'en étaient pris à un cabinet d'avocats non loin du palais de justice. "On a eu de la chance, mais aussi très peur" reconnaît la jeune avocate, Aude Gruninger-Gouze qui témoigne dans la Nouvelle République : "j'ai trouvé un homme noir baraqué devant moi, menaçant. Je l'ai prié de sortir, il ne voulait pas. (...) Entre-temps, un deuxième homme est arrivé. Avec l'aide d'un client costaud, nous les avons fait partir après que le deuxième a uriné dans l'escalier".

Au-delà de ces évènements minables, l'affaire tourangelle révèle les difficultés de l'Etat à faire appliquer des lois de bon sens. La Tribu Ka symbolise, selon de nombreux commentateurs et journalistes, l'émergence d'un extrémisme noir en France. Elle fut fondée par Kémi Séba, à l'origine proche des thèses du mouvement musulman américain la Nation of Islam. Pendant sa période d'activité, la tribu Ka organisait régulièrement des réunions interdites aux Blancs, aux Juifs et aux Arabes. La Tribu Ka, dénonçant le métissage, prône la séparation raciale à l'échelle mondiale et réclame un dédommagement financier à l'Ocident pour l'esclavage.

Rappelons qu'en suivant une proposition du ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, fondée sur la loi du 10 janvier 1936 « relative aux groupes de combat et milices privées », le président de la République, Jacques Chirac, avait décidé de dissoudre la Tribu Ka le mercredi 26 juillet 2006 par décret pris en conseil des ministres : "la tribu Ka se livre à la propagation d'idées et de théories tendant à justifier et à encourager la discrimination, la haine et la violence raciales, notamment à l'encontre des personnes qui ne sont pas de couleur noire, qu'il prône également l'antisémitisme et qu'il a organisé des actions menaçantes à l'égard de personnes de confession juive. Elle a provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence envers des personnes à raison de leur appartenance à une race ou une religion déterminée, et propagé des idées ou théories à caractère raciste et antisémite ». Depuis, pourtant, ce groupe de quelques dizaines d'individus poursuit ses actions, comme à Tours où il organisait un meeting le 14 décembre 2006, plusieurs mois après sa dissolution officielle, et renaît de ses cendres sur le territoire national sous un nouveau nom.

Quand la République recule, c'est le communautarisme et la violence qui progressent. Demandons aux autorités de l'Etat, du préfet jusqu'au sommet de l'Etat, de veiller à la stricte application des lois et de contrôler le respect des règles du vivre ensemble. Tous les extrémismes, de droite comme de gauche, communautaristes comme xénophobes, doivent être combattus. Chacun peut s'exprimer et défendre ses convictions, quelles qu'elles soient, à la condition expresse qu'il le fasse dans le cadre républicain, dans le respect de la dignité humaine, sans haine ni violence. Entre le politiquement correct et la pensée unique qui affadissent les idées comme les débats, et les extrémismes qui les trahissent, il est du devoir des hommes et femmes passionnées par le chose publique de promouvoir une autre voie : celle des convictions fortes et du verbe haut. Décomplexé et républicain, tel est le chemin de l'efficacité et de la sagesse politiques.

par gp publié dans : vie locale
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Lundi 6 octobre 2008

D'aucuns le présentaient comme la figure montante de la politique française, un jeune facteur au verbe haut et au visage poupin, le pourfendeur intrépide de l'hypercapitalisme et des parachutes dorés, le protecteur de la veuve des services publics et de l'orphelin des marchés financiers. Nombreux étaient ceux qui faisaient de lui le seul opposant crédible à Nicolas Sarkozy, le futur remplaçant de Ségolène Royal. Fort de ses 4% des suffrages obtenus lors des élections présidentielles de 2002 et 2007, le drapeau rouge de Neuilly devait, inéxorablement, se substituer à la tunique bleue du Poitou. Mais le porte-parole de la LCR a achevé de révéler, ce week-end, aux yeux des derniers naïfs de la France des bobos et des gogos, ce qu'il était au fond. Un archéo-marxiste, le plus ringard des paléo-trostkystes : le compagnon de route de l'ultra-gauche, fascinée par la lutte armée et les terroristes d'Action directe.

Pourtant, la crise du capitalisme, conjuguée aux bisbilles d'avant-congrès du Parti socialiste, devait ouvrir un boulevard au NPA, le Nouveau Parti Anticapitaliste créé par Besancenot. Mais voilà : l'affaire Rouillan lui colle désormais à la peau. En acceptant l'adhésion de l'ancien criminel d'Action directe au Comité NPA de Marseille, en refusant de dénoncer les propos du cofondateur du groupuscule terroriste qui laisse entendre, dans une interview à l'Express, qu'il n'éprouve aucun remords pour les assassinats du général Audran et de l'ancien patron de Renault Georges Besse, et en réclamant une mobilisation pour sa libération immédiate, Olivier Besancenot s'est trahi et a dévoilé, au grand jour, l'immense supercherie. Dans une interview au Parisien Aujourd'hui en France, Françoise Rudetzki, la fondatrice de SOS Attentats, tente de lui rappeler les fondamentaux de la démocratie : "Parce qu'à mes yeux, les crimes d'Action directe procèdent de la même logique que ceux commis par Hitler, Staline ou Ben Laden : il s'agit d'éliminer physiquement l'adversaire, patrons d'industrie, opposants juifs, infidèles, et d'ériger le crime en moyen de propager ses idées politiques. L'échelle n'est pas la même, mais l'intention et la logique sont identiques. (...) Rouillan et ses amis n'ont jamais renoncé à la violence comme mode d'action. (...) C'est inconcevable dans une démocratie où le bulletin de vote permet aux citoyens de s'exprimer. (...) Je regrette qu'il existe entre certains militants d'extrême-gauche et les militants d'Action directe, une certaine communauté d'idée, une certaine connivence intellectuelle. En démocratie, ce n'est pas acceptable."

Que ces propos sonnent justes et apportent un peu d'air frais autour d'un facteur de plus en plus caricatural et nauséabond. Même la jeune et jolie Clémentine Autain, l'ancienne adjointe communiste de Bertand Delanoé à la mairie de Paris, s'inquiète dans le Journal du Dimanche : "il est hors de question que je sois dans le même parti que quelqu'un qui ne semble pas contester la lutte armée comme méthode politique. (...) Je me demande parfois si, aux yeux de certains au NPA, il n'est pas plus grave d'avoir participé à un exécutif avec le PS que d'avoir tué des gens".

En 2006, Besancenot confiait avoir beaucoup de respect pour Trotsky, le fondateur des premiers goulags ; en 2007, il commettait un ouvrage élogieux sur Che Guevara dont même Régis Debray, son ancien compagnon de Bolivie, soulignait « la haine efficace qui fait de l'homme une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer ». Castro, lui-même, évoquait « sa qualité d'agressivité excessive ». Pour le Che, sa conduite était dictée par la révolution mondiale qui était une véritable lutte à mort contre l'impérialisme, et il s'en justifia officiellement : « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort» (le 11 décembre 1964 devant l'Assemblée général des Nations Unies). En 2008, Besancenot soutient Rouillan, figure de proue des terroristes d'Action directe, et en fait un des adhérents de son nouveau parti. Et en 2009, sur quel criminel flottera le drapeau rouge-sang du porte-parole de la Ligue Communiste Révolutionnaire ?

par gp publié dans : vie nationale
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Mardi 30 septembre 2008

"Dire la vérité aux Français, c'est leur dire d'abord la vérité sur la crise financière. Parce que cette crise, sans équivalent depuis les années 30, marque la fin d'un monde qui s'était construit sur la chute du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide. Il avait été porté par un grand rêve de liberté et de prospérité. La génération qui avait vaincu le communisme avait rêvé d'un monde, où la démocratie et le marché résoudraient tous les problèmes de l'humanité. Elle avait rêvé d'une mondialisation heureuse qui vaincrait la pauvreté et la guerre : les frontières se sont ouvertes, des millions d'hommes ont été arrachés à la misère, mais le rêve s'est brisé sur le retour des fondamentalismes religieux, des nationalismes, des revendications identitaires, sur le terrorisme, les dumpings, les délocalisations, les dérives de la finance globale, les risques écologiques, l'épuisement annoncé des ressources naturelles, les émeutes de la faim. Une certaine idée de la mondialisation s'achève avec la fin d'un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l'économie et avait contribué à la pervertir. (...) L'idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L'idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle.
Ce système où celui qui est responsable d'un désastre peut partir avec un parachute doré, où un trader peut faire perdre cinq milliards d'Euro à sa banque sans que personne s'en aperçoive, où l'on exige des entreprises des rendements trois ou quatre fois plus élevés que la croissance de l'économie réelle, ce système a creusé les inégalités, il a démoralisé les classes moyennes et alimenté la spéculation sur les marchés de l'immobilier, des matières premières et des produits agricoles.
Mais ce système, il faut le dire parce que c'est la vérité, ce n'est pas l'économie de marché, ce n'est pas le capitalisme.
L'économie de marché c'est le marché régulé, le marché mis au service du développement, au service de la société, au service de tous. Ce n'est pas la loi de la jungle, ce n'est pas des profits exorbitants pour quelques-uns et des sacrifices pour tous les autres. L'économie de marché c'est la concurrence qui réduit les prix, qui élimine les rentes et qui profite à tous les consommateurs.
Le capitalisme ce n'est pas le court terme, c'est la longue durée, l'accumulation du capital, la croissance à long terme. Le capitalisme ce n'est pas la primauté donnée au spéculateur. C'est la primauté donnée à l'entrepreneur, la récompense du travail, de l'effort, de l'initiative. Le capitalisme ce n'est pas la dilution de la propriété, l'irresponsabilité généralisée. Le capitalisme c'est la propriété privée, la responsabilité individuelle, l'engagement personnel, c'est une éthique, une morale, des institutions. (...) Mais ne rien faire, ne rien changer, se contenter de mettre toutes les pertes à la charge du contribuable et faire comme s'il ne s'était rien passé serait aussi une erreur historique
."

Nicolas Sarkozy a raison : ces extraits de son discours de Toulon, jeudi dernier, sonnent juste. La crise que nous connaissons aujourd'hui marque, à l'évidence, un tournant historique et la fin d'un monde hyper-mondialisé et par conséquent hyper-dérégulé. La force du réel a rattrapé la folie de la finance déracinée, et il y a quelques raisons de voir dans cette crise des raisons d'espérer.
La première, et non la moindre, est le discrédit des excès du capitalisme financier. La "modélisation" des marchés, où la richesse est déracinée de l'économie réelle, est désormais perçue pour ce qu'elle est : une chimère doublée d'une escroquerie, comme l'écrit avec acuité Christophe Barbier dans l'Express. "La kerviélisation du monde est à son crépuscule. L'immense fessée infligée aux morveux des marchés, aux prêteurs inconséquents et aux pouacres spéculateurs réjouit le vrai travailleur, à défaut de le consoler quand il subit l'inflation ou un refus de crédit. Ceux qui s'enrichissaient avec du vide tombent dedans ? Bien fait !". La tempête, si elle ne devient pas un ouragan de pauvreté, pourrait aussi avoir un impact géopolitique sain pour la Chine en tempérant le dragon de la croissance, pour la Russie en apaisant les ardeurs des nouveaux riches sans limite, ou encore pour les Etats-Unis dont la politique parfois arrogante et outrancière subit, enfin, un coup d'arrêt.
La crise financière va permettre aussi de faire émerger une nouvelle politique économique reposant sur deux pieds solides : celui de l'initiative individuelle, du travail, du mérite, de l'audace, de l'effort et de l'entrepreneur qui constituent des valeurs incontournables de notre équilibre et de notre politique à préserver et à promouvoir ; et puis, celui du rôle de l'Etat qui peut contrôler et réguler : non pas, bien sûr, celui du collectivisme dévastateur et du marxisme archaïque, mais l'Etat protecteur chargé de soutenir les Français contre une mondialisation de plus en plus sauvage, celui, qui depuis Colbert jusqu'à Pinay en passant par Guizot ou Necker, sait intervenir, à bon escient, pour sauvegarder notre indépendance ou nos secteurs stratégiques.
Enfin et surtout, l'Europe va trouver dans la crise de nouveaux devoirs. A l'avenir, les Etats, au nom des peuples - et des contribuables - doivent retrouver voix au chapitre de la politique financière et monétaire. Il faut, par exemple, que le Conseil européen puisse mieux utiliser les fonds de la Banque européenne d'investissement, cagnotte endormie de 163,6 miliards d'euros, et imposer un dialogue permanent à la Banque centrale européenne, avec, par exemple, la baisse du prix de l'argent. D'ores et déjà, le dogme de la concurrence, imposé par Bruxelles depuis trop longtemps, a vécu, comme l'analyse aujourd'hui, avec talent, Pierre Avril, le correspondant du Figaro à Bruxelles : le Benelux qui investit, à juste titre, 11 milliards d'€ pour sauver Fortis, la France qui "offre", et c'est heureux, 3 milliards d'€ pour Dexia,... autant d'exemples qui illustrent l'erreur d'une Commission européenne dogmatique et hors-sol qui s'entête trop souvent dans des voies éloignées des intérêts de l'Europe et des Etats. L'obsession affichée, ce soir, par Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque Centrale Européenne, lors de son interview au journal de France 2 face aux questions de David Pujadas en est une cruelle illustration : Trichet parle de lutte contre l'inflation alors que le monde entier, et les Européens au premier rang, lui demandent des solutions en matière de croissance, de lutte contre le chômage ou de baisse des taux d'intérêts. Une banque indépendante n'est pas une banque incontrôlable, et les argentiers publics ont à rendre aux peuples les comptes qu'ils font pour sauver les marchés. Parce que les marchés s'effondrent, tandis que les peuples demeurent.

Le mondialisme était un colosse aux pieds d'argile ; mais si les responsables politiques et économiques en tirent des leçons pour l'avenir, cette immense crise financière, si difficile et douloureuse soit-elle, devrait permettre de refonder le système financier international et plus largement ouvrir des perspectives fondées sur la confiance, la responsabilité et la justice. Puisse enfin le politique reprendre le pouvoir à l'économique ! C'est la chance, à saisir, que nous offre ce tsunami financier.

par gp publié dans : vie nationale
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Mardi 23 septembre 2008

Deux mois après l'ouverture des réflexions sur l'avenir de la Poste, les 300 000 salariés de l'établissement public étaient appelés aujourd'hui à se mobiliser pour obtenir un débat public sur le sujet. La Poste n'est pas une entreprise comme les autres, c'est une évidence. Avec ses 12 000 bureaux répartis sur tout le territoire, elle constitue l'un des derniers services publics de proximité. Ce qui se joue dans les mois qui viennent, c'est la capacité de l'entreprise à se doter des moyens pour s'adapter à temps à l'ouverture totale de ses marchés, imposée par Bruxelles dès 2011. Cette année-là, des concurrents, comme la Poste allemande, pourraient s'attaquer sérieusement au marché français. Or, La Poste a cruellement besoin de se moderniser si elle veut passer ce cap difficile : perte du monopole de distribution du Livret A qu'elle partageait avec l'Ecureuil au 1er janvier prochain, besoin croissant des entreprises, investissements lourds pour les services colis et express,... Au total, le président de La Poste, Jean-Paul Bailly, chiffre l'addition à 3 milliards d'€, soit dix fois la capacité d'investissement générée chaque année, ce qui rend incontournable la nécessité d'ouvrir le capital. 

Entre le réflexe ultra-conservateur de syndicats à bout de souffle qui refusent toute évolution, et la tentation d'une périlleuse entrée en Bourse qui ouvrirait la brèche d'une privatisation dangereuse, espérons que l'Etat, tout en restant majoritaire, fasse le choix de la seule solution réaliste qui garantit la préservation comme la modernisation d'un service public essentiel à l'équilibre de nos territoires : l'Etat resterait l'unique propriétaire tout en adossant le capital à des partenaires publics, comme la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), ouverture pour laquelle le directeur général, Augustin de Romanet, s'est déclaré favorable. C'est aussi la position de la CFDT, syndicat réformiste. Loin de toute idéologie, c'est la seule voie efficace et moderne qui permettrait de sauvegarder, tout en l'améliorant, cette partie non négligeable de notre patrimoine et de notre identité.

par gp publié dans : vie nationale
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Jeudi 18 septembre 2008

La liberté dans le domaine économique constitue évidemment le socle de tout système viable. La liberté de créer, la liberté d'entreprendre, la liberté de vivre des fruits de son travail représentent des valeurs fondamentales et positives à préserver et à promouvoir. Et l'intervention permanente et excessive de l'Etat tout comme la hausse régulière des taxes, des impôts et des charges asphyxient depuis trop longtemps notre système économique. 
Mais aujourd'hui, force est de constater que la crise financière relève d'un excès de dérégulation et de mondialisme sauvage. Nous sommes dans le royaume de la finance folle : le marché et l'économie se sont perdus dans leurs pires excès. Après la disparition de Lehman Brothers, personne ne peut dire de quoi les lendemains économiques seront faits. Comment faire confiance aux politiques et aux banquiers alors que ces derniers n'ont rien vu de la spirale des faillites que pouvait provoquer la crise des subprimes ? Des mois durant, on nous a assuré qu'elle serait restreinte aux Etats-Unis et ne toucherait que le secteur immobilier : Alan Greenspan, l'ex-patron de la Réserve fédérale américaine, "l'homme qui murmurait à l'oreille des marchés" niait encore en avril dernier les conséquences de la crise tout comme Christine Lagarde, notre ministre de l'Economie ("les effets de la crise des subprimes seront très mesurés") ou encore Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France ("il n'y aura pas de deuxième vague à la crise des subprimes").
Désormais, on pressent avec inquiétude la chute du géant de l'assurance américaine et une pénurie du crédit. A n'avoir rien fait pendant trop longtemps, les grands argentiers de ce monde sont aujourd'hui impuissants face à une catastrophe qui les dépasse et qui pourrait avoir des conséquences très concrètes pour tous : transformation du paysage bancaire français, impact sur l'assurance-vie selon François Perrin, le président de la Faider, effets directs et indirects sur les sicav, renchérissement du crédit pour les particuliers comme pour les PME, recul des prix de l'immobilier de 5% à 10% en 2009 selon Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natexis,...
Evidemment, les particuliers ne doivent pas céder à la panique et les conséquences immédiates de la crise resteront, pour eux, limitées. Reste que cette grave crise financière doit conduire les responsables politiques et financiers à reconsidérer l'organisation même de notre système économique. Et à présenter aux opinions publiques des solutions de bon sens.
La mondialisation sauvage se caractérise, aujourd'hui, par deux conséquences : les groupes financiers et les produits spéculatifs échappent à la loi des Etats et se sont émancipés de toute puissance publique. Et lorsqu'un virus se propage, à l'instar de la crise des subprimes ou de la faillite de Lehman Brothers, il n'existe plus d'écran de protection. Or, les solutions existent : comme Nicolas Sarkozy l'avait rappelé lors de sa campagne présidentielle en 2007, les Etats de l'Union européenne doivent contraindre la Banque Centrale Européenne (BCE) à baisser ses taux intérêts pour permettre aux banques européennes de se refinancer afin que la chaîne du crédit ne soit pas trop tendue, obliger la Commission de Bruxelles à protéger les entreprises européennes sur le plan commercial et juridique, à l'image des prises de position d'Henry Paulson, le secrétaire d'Etat au Trésor américain qui a annoncé cette semaine un changement rardical de la politique américaine dans ce domaine : "nous devons améliorer la supervision et la discipline des marchés, et protéger l'économie américaine".
Depuis trop longtemps, les politiques ont abandonné le pouvoir aux financiers qui délaissent, à New-York, Bruxelles ou Francfort, la croissance et l'emploi : l'exemple de la BCE est, à cet égard, édifiant. Elle crée une situation d'atonie de la croissance pour au moins trois raisons : elle grippe la consommation avec un euro trop cher et la hausse des prix, elle freine l'investissement avec des taux d'intérêts élevés qui limitent le recours à l'emprunt (tout particulièrement pour les PME), elle gène les exportations et fragilise les grands groupes comme Renault ou EADS, condamnés aux licenciements ou aux délocalisations.
La liberté est une valeur à défendre ; la mondialisation est un état de fait ; mais le mondialisme, idéologie du profit et de l'excès, montre en ce début de siècle les folles conséquences de son vide matérialiste. Les peuples se sont habitués pendant longtemps à sa montée progressive. Peu à peu, les contraintes aux mouvements de capitaux et aux échanges de biens et services s’évanouissaient, les zones de libre-échange se multipliaient et les grandes entreprises s’internationalisaient. Certains ont même cru voir arriver “un monde sans frontière” totalement ouvert, dans lequel les Etats se garderaient de toute intervention. Les temps ont changé, les crises se sont multipliées, et le mondialisme s'est révélé n'être que la dérive totalitaire du libéralisme en sacrifiant les nations, les peuples et les travailleurs du monde entier. Puisse cette crise éclairer les consciences et permettre aux hommes politiques de reprendre le pouvoir pour que la logique des hommes l'emporte à nouveau sur la logique des profits.

par gp publié dans : vie nationale
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Vendredi 12 septembre 2008

"Fille aînée de l'Eglise", mais également héroïne du combat laïque, la France ne reçoit jamais un pape dans l'indifférence. Le volcan excessif de la libre pensée jette à chaque visite sa lave dans les eaux sages et profondes de notre héritage chrétien : au milieu trône, paisible et rassembleur, l'idéal français et républicain qui permet de faire coexister Jeanne d'Arc et le père Combes, ceux qui croient au ciel et ceux qui n'y croient pas. Cet idéal que nous défendons tous comme ciment de notre "vivre ensemble" porte, encore plus aujourd'hui qu'hier, un nom inventé il y a des siècles : la laïcité !
La laïcité n'a pas besoin d'un adjectif, elle ne doit être ni positive, ni négative ; elle prend racine aux origines de notre civilisation que ce soit dans l'antiquité gréco-romaine ou auprès des successeurs de Pierre quand, au Vème siècle, le pape Gélase Ier édictait la "règle des deux glaives" pour séparer le pouvoir spirituel de l'autorité temporelle des Etats. Au XXIème siècle, dépassant les excès du siècle précédent, le concept de laïcité apparaît comme fondamentalement nécessaire à l'équilibre de nos sociétés.
Le pape, plus moderne qu'on ne le dit, plus politique qu'on ne le pense, a rappelé ce principe indissociable de notre idéal : "la foi n'est pas politique et la politique n'est pas une religion". Ce sont "deux sphères qui doivent être ouvertes l'une pour l'autre. Il est important que l'on puisse vivre avec liberté la foi. Il est évident que la laïcité n'est pas en contradiction avec la foi". Et de rappeler le principe fondateur de la séparation du temporel et du séculier, citant les évangiles: "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu".
Devant le président de la République, Benoît XVI a déclaré qu'"une nouvelle réflexion sur le vrai sens et sur l'importance de la laïcité est devenue nécessaire". Il a jugé "fondamental" d'"insister sur la distinction entre politique et religieux" afin de "garantir aussi bien la liberté religieuse des citoyens que la responsabilité de l'État envers eux". Le pape a également dénoncé "les limites d'un communautarisme religieux", qui vise en particulier selon lui les jeunes, sa "préoccupation majeure". Avant d'enchaîner un second discours devant 700 invités du monde de la culture au collège des Bernardins, magnifique édifice cistercien, en lançant une mise en garde contre "le fanatisme fondamentaliste" qui menace à nouveau "notre génération".
Ne rouvrons pas systématiquement les plaies du passé ; les hommes, siècle après siècle, ont façonné la laïcité, cette vertu qui n'est pas la disparition du religieux, mais la saine, indispensable et souhaitable distinction du politique et du religieux. En ces temps troublés par un communautarisme d'un autre âge qui menace les valeurs mêmes de notre société, des mariages forcés à la polygamie en passant par le procès reporté de Rennes, la laïcité est une valeur à préserver et à promouvoir. La laïcité ne peut se négocier dans notre société menacée par le communautarisme parce que lorsqu'elle pâlit, c'est notre équilibre qui tousse et claque des dents.

par gp publié dans : vie nationale
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