Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
L’actualité de cette semaine nous offre une parenthèse historique, qui nous permet de sortir du flot des polémiques récentes. En plein débat sur l’identité nationale, voilà une manière de nous rappeler d’où nous venons et ce que nous devons aux générations d’hier. Commémorer, un verbe qui rappelle hier et construit demain.
- Tourner la page « bobos ». En mai 2007, Nicolas Sarkozy, fraichement élu, obtenait 65% de bonnes opinions chez les classes populaires. Neuf mois plus tard, en février 2008, il n’était plus que 38% à lui accorder une note positive. La faute à la désormais fameuse « people-isation » qui avait eu raison du peuple. Automne 2008, autres temps, autre mœurs. La crise vient frapper les esprits et les économies, mondiale, européenne et française. A la faveur de ce contexte de crise, Nicolas Sarkozy endosse le costume de chef de l’Etat et ne cédera plus à l’appel du people. Il renoue avec le peuple et sa cote remonte en flèche.
Aujourd’hui c’est une autre tendance qui se dessine : la « boboïsation. » Ou ce qu’Eric Zemmour appelle, lui, la « carla-isation ». Appels du pied aux écolos-bobos, sympathie affichée pour le symbole de mai 68 Cohn-Bendit, et puis les trois affaires Polanski, Mitterrand neveu, Sarkozy fils. Ou comment le microcosme parisien s’auto-promeut, s’auto-émeut et s’auto-défend… Et le peuple de droite ne nous accorde plus qu’à 29%, son opinion favorable (IFOP-JDD, octobre 2009)!
- Tourner la page « écolos ».
L’idée, sur le papier, était belle. Diviser pour mieux régner. Faire « monter » les Verts pour « diminuer » les socialistes. A deux détails près : la manœuvre est
cousue de fil blanc (Mitterrand l’a fait avec Le Pen ; Sarkozy avec Besancenot) et surtout il manque cette fois-ci avec les Verts, un élément essentiel : la diabolisation.
Car aujourd’hui, qui a peur des Verts ? Les politiques, les médias font assaut de ferveur
écolâtre. Yann Arthus-Bertrand et Nicolas Hulot sont les nouveaux gourous. La taxe carbone va sauver l'humanité souligne Alexis Brézet dans son éditorial, Le péril Vert.
Alors dans les faits, la manœuvre
devient boomerang, elle se retourne contre ses auteurs : certes, elle permet d’éliminer la gauche d’un second tour à Rambouillet, mais elle fait trembler la droite, au second tour. La
circonscription de Mme Boutin n’est conservée que de cinq petites voix d’avance. Comme si les électeurs de droite avaient pris au mot leurs dirigeants. On a donné à l’électeur de droite un permis
de voter écologiste, il s’en est servi. Ce sérieux avertissement
nous offre l’occasion de redresser le tir : en témoignent les voix dissonantes qui se font désormais entendre, à commencer par celle de Luc Ferry. Dans une chronique très
enlevée Monsieur Hulot ou la stratégie de la chauve-souris : de quelle écologie
voulons-nous au juste devenir les apôtres ?, l’ancien ministre décrypte avec brio
nos choix d’avenir. Il y a deux écologies d’inspirations bien différentes entre lesquelles
les politiques devront choisir : d’un côté, une écologie de la peur, dont la logique
médiatique fait merveille mais qui rejoint toujours in fine le mythe de la croissance zéro. De l’autre une écologie de la science, intellectuellement plus exigeante, mais qui, seule, est
susceptible de nous tirer d’affaire en réconciliant économie moderne et développement durable. » Que n’a-t-on entendu ce discours là plus tôt ? La droite gagnerait tant à se démarquer de l’écologie de gauche idéologique, néfaste, sectaire et
autoritaire. Oui, il existe une politique de l’écologie intelligente, ouverte, novatrice, fondée sur la croissance, le progrès et le libre
choix !
- Tourner la page des mesures-gadgets « hors-sol », ces réformettes, médiatiques à Paris mais jugées dramatiques par le peuple, qui séduisent l’Ile-de-France mais pénalisent le reste de la France. Ainsi en est-il de la taxe carbone, jugée comme une mauvaise chose par 59% des Français, de la cagnotte pour récompenser la … présence scolaire à laquelle 69% des sympathisants de droite sont opposés, ou de la nomination de Jean Sarkozy, un non-sens pour 64% des Français. Ajoutons à cela la réforme des collectivités territoriales qui passe mal, auprès des grands élus (c’est se foutre du monde dixit Alain Juppé) comme des « petits » élus locaux, sans porte-parole, qui voient leurs territoires ruraux abandonnés.
Les motifs d’inquiétude sont là. Mais les signes de redressement aussi ! Nicolas Sarkozy est excellent quand il choisit le chemin de la France, le chemin d’une droite républicaine, populaire et sociale. Excellent quand il se rend en visite surprise à Gandrange. Excellent quand il déclare avec fermeté dans le Figaro : « Il ne faut pas confondre le climat du milieu médiatique, qui est par construction politisé et agité, avec la réalité de la société française qui attend du gouvernement qu'il apporte des solutions concrètes aux problèmes des Français ». Ne pas confondre, certes, mais surtout ne plus donner l’impression d’accorder plus de valeur à la société médiatique qu’à la réalité politique. Alors, oui, apporter des solutions concrètes aux problèmes des Français, c’est la ligne qu’il faut continuer à se fixer. Et ne plus s’en démarquer.
Sauvés par le nouvel ordre médiatique où une nouvelle polémique chasse l’autre plutôt que s’y superpose, Nicolas Sarkozy et nous tous, Français de droite, nous devons tirer les leçons de ces dernières semaines.
Oui, nous estimons, et soutenons sans réserve, le Président quand il se veut réformateur, audacieux, ouvert d’esprit, fermé au politiquement correct, briseur de tabous, fonceur à l’international, solide au national !
Les Français veulent un Président qui avance, qui réforme, qui parle aux Français. Un Président politique. Un Président qui soit la France.
Même la gauche n'en revient pas et
salue l'intelligence d'un tel rassemblement ! Dès le 14 août, sur France-Info, l'un des patrons du PS, le secrétaire national à l'Economie Michel Sapin estimait que la droite, en s'alliant avec
Frédéric Nihous et Philippe de Villiers, "copiait avec intelligence ce que le Parti socialiste avait fait aux précédentes élections régionales. La droite a une stratégie intelligente, celle
du rassemblement dès le premier tour. C'est ce que nous avions d'ailleurs fait aux dernières élections régionales et ça avait été une des causes, peut-être même la cause principale, de notre très
grande victoire. (...) Aujourd'hui, la gauche, elle, n'est pas exactement dans la même situation, elle a plutôt tendance à se disperser, et la dispersion du premier tour, c'est assurer à la
droite d'être en tête partout au premier tour, donc il faut réagir".
En plein coeur de l'été, Nicolas Sarkozy a frappé un grand et joli coup. Après avoir révolutionné le corpus
idéologique de la droite lors de la campagne présidentielle de 2007 autour des deux principes de l'ordre et du mouvement (cf. post précédent), le Président de la République a rénové l'assise
électorale de la droite : un grand parti, l'UMP, véritable corps central, fort de ses quelques 300 000 militants, de ses milliers d'élus locaux, ou encore de ses 500 parlementaires, dont il a
fait une puissante machine autour de laquelle gravitent de nombreux satellites plus ou moins puissants qui ont valeur de symbole autour d'un concept très mitterrandien, l'ouverture. Ouverture à
gauche et au centre dès le début du quinquennat : Eric Besson et Jean-Marie Bockel au gouvernement, tout comme Hervé Morin ou Michel Mercier ; ouverture à droite au lendemain des européennes au
président du Conseil général de la Vendée et aux chasseurs.
La carte politique française s'est donc considérablement simplifiée ces dernières semaines autour de cinq blocs :
- l'ultra-gauche (LO, NPA, et le PC comme le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélanchon qui hésitent encore entre l'extrême-gauche et les accords avec les PS) - 12% aux
européennes de 2009
- la gauche (PS, PRG (malgré l'éventuelle entrée au gouvernement du radical corse Paul Giacobbi), et les Verts) - 33% aux européennes de 2009
- le Modem (qui, selon Marielle de Sarnez lors de l'université de Vincent Peillon le 22 août dernier, pourrait intégrer une maison commune des opposants à Nicolas Sarkozy) -
8,5% aux européennes de 2009
- la droite (UMP, Nouveau Centre, Progressistes, Gauche Moderne, Parti Chrétien-Démocrate, Radicaux, Droite libre, souverainistes et CPNT), sans oublier Nicolas
Dupont-Aignan qui, avec Debout La République, reste indépendant du parti présidentiel et pourrait tirer avantage de son positionnement, à l'image de Jean-Luc Mélanchon à gauche, en
s'appuyant sur son score des européennes (près de 300 000 suffrages) - 35% aux européennes de 2009
- le FN qui revient, avec Marine Le Pen, sur la ligne ni droite, ni gauche du parti des
années 1990 avec des thématiques plus sociales qu'identitaires, comme les observateurs l'ont souligné lors de la campagne municipale d'Hénin-Beaumont - 7% aux européennes de 2009
"Au PS, serions-nous les derniers sectaires ?" s'interrogeait le brillant Vincent Peillon dans les colonnes du Parisien le 14 août dernier. Et d'ajouter : "toutes les
grandes victoires politiques ont supposé l’invention d’un nouveau système d’alliance. Cela a été le cas pour François Mitterrand, qui a su imposer à la SFIO mourante le processus d’Epinay,
l’union avec le PC, ou pour Lionel Jospin avec la gauche plurielle. Aujourd’hui, nous devons construire avec tous les républicains de progrès une nouvelle alliance majoritaire qui va des
communistes au MoDem. (...) L’espoir est là. Voyons ce que fait Nicolas Sarkozy
qui, après avoir manié les thématiques du Front national et ouvert à gauche, va chercher les chasseurs et Villiers. Enfin quand même ! Est-ce que nous serions les derniers sectaires et
dogmatiques ? Nous nous laisserions voler l’unité et le rassemblement ?"
Contre tous les sectarismes et les étroitesses d'esprit, et autour d'un projet de société solide et visionnaire, l'unité et le rassemblement sont toujours des valeurs positives. Comment,
en effet, ne pas applaudir et se réjouir de voir figurer au sein d'un même Comité de la majorité présidentielle des personnalités aussi diverses et variées que Jean-François Copé, Eric Besson,
Christine Boutin, Hervé Morin, Philippe de Villiers (pourquoi avoir attendu l'échec des européennes alors que la cohérence et l'efficacité commandaient un tel rapprochement dès le lendemain du
premier tour de l'élection présidentielle ?), Jean-Marie Bockel, Jean-Louis Borloo ou Brice Hortefeux ?
Seuls ceux qui n'ont pas confiance en eux ont peur des autres. Moi, je suis assez sûr de mes convictions, de leur actualité, de leur avenir, pour ne pas craindre de larges rassemblements
indispensables aux réformes profondes et difficiles que nous aurons à conduire demain !
Le candidat
l'avait promis, le Président l'a-t-il fait ? Nicolas Sarkozy fait-il ce qu'il dit et dit-il ce qu'il fait ? A travers ces questions, il ne s'agit pas ici de procéder à un recensement
exhaustif de toutes les mesures faites pendant la campagne présidentielle, ce travail étant déjà réalisé avec sérieux et précision par de nombreux sites, à l'aide de baromètres en tous genre
et de notes à tout va. Après avoir choisi notre candidat à l'aide d'un bulletin de vote, l'on se plait à remplir le bulletin de notes du Président. La question du bilan du Président de la
République mérite d'être posée, et peut être analysée selon trois échelles : son action sur la scène mondiale, son action au niveau européen et son action en
France.
Enfin, à
l'échelle de la France. Que de changements depuis mai 2007 ! Entre le Nicolas Sarkozy bling bling qui collectionne les Une de la presse people (il a lui-même reconnu "avoir
commis des erreurs" au début du quinquennat - le Nouvel Observateur, 2 juillet 2009), et le Président si efficace et si volontariste qui enchaine les réformes à un rythme effréné et qui
parcourt le monde et la France à la recherche de solutions concrètes aux problèmes de nos compatriotes ! Que de changements aussi avec ses prédécesseurs à tel point qu'aujourd'hui, la
principale critique émise par l'opposition à l'égard du chef de l'Etat est « de trop en faire »... Que de changements enfin avec le passé. Nicolas Sarkozy avait promis d'être le candidat de la
rupture, qu'en est-il vraiment ? Promesses tenues pour la modernisation des institutions, le soutien aux PME et au monde de l'entreprise, la baisse de la TVA, la relance du pouvoir d'achat, une
gestion plus ferme des flux migratoires, la réforme de la justice, la baisse de la fiscalité, l'autonomie des universités ou encore du service minimum à l'école et dans les transports.
Promesses tenues pour la vie politique en générale qui passe par l'ouverture, la prise de risque, la volonté de bousculer les lignes ou encore l'instauration de la culture du résultat. Un
bémol toutefois : Nicolas Sarkozy n'a pas rompu avec l'idée fausse pourtant largement répandue selon laquelle la culture serait de gauche. Et ce n'est pas la nomination de Frédéric Mitterrand qui
rétablira l'équilibre. Ce dernier a pris la défense du rappeur Orelsan et de sa chanson « sale pute », le comparant à ...Rimbaud ! Peut-être que le nouveau ministre de la Culture fera ériger une
statue d'Orelsan, comme son oncle François, alors Président de la République l'avait fait pour l'auteur des Illuminations et du Dormeur du Val....
Il reste un peu plus d'une moitié de mandat pour Nicolas Sarkozy pour poursuivre sa politique et
compléter les réformes indispensables à notre pays. A ses côtés, nous devons soutenir la majorité présidentielle pour développer une politique forte et courageuse fondée sur deux piliers
fondamentaux : la politique de l'ordre, c'est-à-dire des valeurs, des repères, de l'autorité, du mérite, du travail, de l'effort, des convictions et la politique du
mouvement, c'est-à-dire l'innovation, l'ouverture, le dialogue, la réforme, l'indulgence, le respect, l'action.
Deux piliers - ordre et mouvement - et un fil directeur : du sens, c'est-à-dire le Bien commun, l'intérêt général, la France. La "chose publique" ne saurait être assignée à une
technologie du pouvoir aux mains des importants, des habiles et des rusés. Il lui faut, au contraire, s'enraciner dans l'existence et le réel, et la féconder pour lui donner du sens.
Comme l'écrit Vincent Peillon, député européen socialiste et agrégé de philosophie, dans son passionnant "Jaurès et la religion du socialisme", citant le député des mineurs de Carmaux : "
le courage , c'est d'être tout ensemble, quel que soit son métier, un praticien et un philosophe".
Le défi de demain, le nôtre, c'est de retrouver l'inspiration, le souffle, la flamme qui font tant défaut aujourd'hui où nul n'ose plus tracer la perspective au-delà de l'horizon court des
conjoncturistes, comme si nous étions réduits, dans nos mobiles, nos motifs, nos élans, nos envies, nos désirs, à la sèche prudence des juristes, à l'économe froideur des statisticiens, à la
pesante et prétentieuse tristesse des administrateurs. Politique et mystique, comme le proclamaient Jaurès et Péguy, sont inséparables. A l'aube d'un siècle nouveau, le Président doit tracer un
chemin, développer un élan et offrir une espérance !
| Groupe politique | Nb de sièges | Score en % |
|---|---|---|
| PPE (Droite) | 264 | 35.9 |
| PSE (Gauche) | 161 | 21.9 |
| ALDE (Libéraux et démocrates, dont Modem) | 80 | 10.9 |
| Les Verts | 53 | 7.2 |
| Europe des Nations (Droite conservatrice) | 35 | 4.8 |
| Gauche radicale | 32 | 4.3 |
| IND-DEM (dont UKIP anglais (14 sièges) et l'élu Libertas) | 18 | 2.4 |
| Autres (dont conservateurs britanniques et tchèques) | 93 | 12.6 |
Ces élections européennes ont ainsi signifié, nettement, la victoire d'une Europe politique, enracinée et concrète, respectueuse des Peuples et des Démocraties, d'une
Europe qui tourne le dos aux technocrates bruxellois. A l'image du programme de Silvio Berlusconi, des conservateurs britanniques, de la CDU-CSU allemande ou encore de l'UMP française. Et
la validation de la stratégie européenne de Nicolas Sarkozy qui avait réconcilié les partisans du Oui et du Non à la Constitution européenne lors de la Présidence française de l'Union au
dernier semestre 2008.
La deuxième partie du quinquennat commence avec en ligne de mire la nécessité de poursuivre les réformes pour adapter la France aux enjeux de notre temps, mais aussi
des élections régionales de mars 2010 qui s'annoncent très compliquées pour la majorité présidentielle avec nombre de ministres têtes de liste, comme ici en région Centre
avec Hervé Novelli.
Pour ce faire, il faudra mobiliser et convaincre les électeurs de la droite populaire qui ont boudé les urnes dimanche dernier (70 à 75% d'abstention chez les ouvriers, les
employés et les classes moyennes), qui n'avaient pas fait défaut à Nicolas Sarkozy en 2007 et qui, seuls, pourraient faire basculer les régions détenues quasi-exclusivement par le Parti
socialiste depuis 2004. L'enjeu est d'importance. A suivre...
Depuis quelques semaines, la mèche sociale crépite. "La situation est
révolutionnaire" s'est même cru autorisé à dire "l'opposant" Dominique de Villepin. De sérieux coups de sang, en tout cas, oui. Depuis septembre, on dénombre plus de soixante-dix plans
sociaux, et beaucoup résultent de la crise qui frappe le monde avec une violence inouïe en mettant, en France, chaque mois, de 60 000 à 80 000 personnes sur le carreau. Et une petite dizaine ont
donné lieu à des débordements inacceptables, du saccage de la sous-préfecture de Compiègne aux séquestrations de cadres : le PDG de Sony à Pontons-sur-l'Adour et de 3M Santé à Pithiviers en mars
; Caterpillar à Grenoble, Scapa à Bellegarde ou encore Molex à Villemur-sur-Tarn en avril où le co-gérant et la DRH ont été séquestrés pendant près de trente heures.
"On commence par des séquestrations et puis...on tire sur George Besse, c'était il n'y a pas si longtemps" : ce jour-là, interviewé sur RTL, Geoffroy Roux de Bézieux, le patron de
l'Unedic, d'un naturel plutôt modéré, s'est laissé aller à cette extrapolation osée et excessive en référence à l'ancien patron de Renault assassiné en 1986. Preuve que le climat social se tend
et que les foyers de contestation se multplient. Pour autant, la thèse du complot ne tient pas : certes, l'extrême-gauche souffle sur les braises et Besancenot, véritable exploiteur de la crise,
tout à sa campagne européenne et son ambition personnelle, rêve du Grand soir. Certes, la gauche radicale infiltre, depuis longtemps, des syndicats sous-représentatifs et met de l'huile sur le
feu : le leader CGT des Continental vient de Lutte Ouvrière par exemple. Mais l'unité syndicale constitue un réel atout contre les débordements et le facteur de Neuilly a déjà perdu beaucoup de
plumes électorales dans son absurde soutien aux violences de Strasbourg durant le sommet de l'OTAN : tous les baromètres des instituts de sondages montrent une baisse de 5 à 10 points
de sa popularité en avril, surtout auprès des sympathisants du Parti socialiste.
Quelles réponses à la crise ? Tenir bon. La mobilisation du 1er mai a faibli (500 000 manifestants contre 2 millions le 19 mars dernier), et le Gouvernement maintient le cap aux côtés de Nicolas
Sarkozy qui multiplie les annonces concrètes comme le dernier plan en faveur des jeunes : 320 000 nouveaux apprentis en 2010 (primes à l'embauche et exonération de charges pour les PME) ; 170 000
nouveaux contrats de professionnalisation ; 50 000 recrutements de jeunes stagiaires en CDI ; 50 000 nouveaux contrats initiative emploi,...
Malmené dans les sondages deux ans après son élection, "l'hyperprésident" français Nicolas Sarkozy a adopté une posture de "président-protecteur" face à la crise, tout en continuant de susciter
parfois l'irritation. "Comme il est très volontaire et très actif dans une période de grande crise qui inquiète les gens, il incarne une figure du capitaine dans son bateau qui tient le cap
et qui est solide", analyse Gaël Sliman, directeur de l'institut de sondage BVA. "En continuant de se mettre en scène dans une posture de "président-protecteur", il se donne des billes
lorsqu'il y aura un rebond économique avant la prochaine présidentielle" de 2012, dit-il. Elu le 6 mai 2007, le président français se trouve dans la situation paradoxale d'être impopulaire,
mais de n'avoir pas à ce jour de rival crédible en vue d'une nouvelle candidature en 2012. Selon une enquête parue le 4 mai, 63% jugent le bilan de ses deux premières années de mandat
"plutôt négatif". Mais les sondages montrent également que, si une élection présidentielle se tenait aujourd'hui, il serait très nettement favori. Et la droite continue de le plébisciter : près
de 90% des sympathisants UMP le soutiennent sans complexe.
De manière évidente, les Français lui seront reconnaissants d'avoir tenu le cap. La seule réponse à la crise, c'est davantage de protection et de justice. La protection, ce sont les mesures
prises depuis trois mois qui concernent au total près de 10 millions de Français. La justice, c'est la condamnation des salariés casseurs et la fin, pour les patrons voyous, des retraites
chapeaux, des parachutes dorés, des stock-options et des bonus, pour une poignée de dirigeants dont l'attitude écoeure les 3 millions d'entrepreneurs qui travaillent dur.
Sans oublier, sans naïveté et fausse illusion, que la France résiste, semble t-il, mieux que beaucoup d'autres pays et bénéficie, comme le souligne si justement Jacques Marseille, d'atouts
incontestables pour revenir, plus forte, après la crise :
- des enfants par milliers (« Il n'est de richesse que d'hommes. » Cette maxime, formulée il y a plus de quatre siècles par le philosophe et magistrat français Jean
Bodin, n'a jamais été autant d'actualité. Avec un taux de fécondité qui dépasse désormais deux enfants par femme et des naissances qui se sont élevées en 2008 à 834 000, la France compte
dorénavant un peu plus de 64 millions d'habitants, le chiffre que l'on prévoyait pour elle en 2015. Une véritable conquête pacifique de l'hégémonie qui devrait renforcer notre influence,
sécuriser l'industrie du bâtiment, qui devra construire plus de 500 000 logements par an pendant quinze ans, rendre moins fragile le système de retraites par répartition, alimenter le vivier des
créateurs d'entreprises, dont l'âge moyen est de 35 à 44 ans, et assurer la croissance du marché intérieur qui, en dépit de la mondialisation, reste le principal moteur de la croissance. Ainsi,
avec 368 milliards d'euros, le chiffre d'affaires du commerce de détail en France devance celui de l'Allemagne (pourtant plus peuplée), qui n'est que de 348 milliards d'euros).
- l'indépendance énergétique (La France possède quatre grands groupes parmi les leaders mondiaux dans le domaine de l'énergie : Total, Areva, EDF et GDF-Suez. Grâce à son parc de
réacteurs, elle atteint un taux d'indépendance énergétique supérieur à 50 %, inférieur, certes, à celui des Etats-Unis (71,3 %), mais supérieur à celui de l'Allemagne (39,2 %), de l'Espagne (21,7
%), du Japon (19,2 %) ou de l'Italie (14,9 %).
- un réseau de transports moderne (Sur le plan ferroviaire, le trafic à grande vitesse représente à lui seul la moitié du trafic européen et fait de l'industrie ferroviaire
française un leader mondial, avec Alstom, qui devance Bombardier et Siemens. Autant de performances liées à l'excellence des entreprises de travaux publics françaises, qui occupent les trois
premières places mondiales avec Bouygues, Vinci et Eiffage. Une vocation largement ignorée de l'opinion publique qui s'inscrit dans une tradition historique et qui, du pont de Normandie au viaduc
de Millau, du tunnel sous la Manche aux chantiers titanesques de l'Amérique du Sud, de l'université de Riyad à l'oléoduc de la cordillère des Andes, assure la réputation de l'ingénierie
française. Une tradition qui devrait assurer à la France une place de premier ordre dans les grands chantiers du XXIe siècle que seront la rénovation des villes et la mise au point de
technologies compatibles avec le développement durable).
- le pain et le vin (Curieusement absentes de la plupart des rapports sur la mondialisation et, bien évidemment, des plans de relance du gouvernement, l'agriculture et
l'industrie agroalimentaire françaises sont pourtant les plus performantes au monde. Alors que la Terre va sur ses 9 milliards d'habitants à l'horizon 2050 et que la demande de nourriture va
croître, la situation climatique et pédologique exceptionnelle du territoire français, en particulier celle du Bassin parisien, une des plus grandes plaines à blé au monde, une capacité
remarquable pour la production de viandes, de lait et de fromages, de fruits et de légumes, et surtout de vin, font de la France la deuxième ou troisième puissance agricole mondiale. En 2008, le
solde commercial a été positif de 9 milliards d'euros, alors que le solde commercial de l'industrie automobile a été déficitaire de 3,4 milliards d'euros. A elles seules, les exportations de vin,
qui représentaient plus de 30 % des exportations mondiales il y a quinze ans, contre 17 % aujourd'hui, assurent toutefois, chaque année, l'équivalent des ventes de 147 Airbus A320 ou de 273 TGV.
Autant dire qu'elles mériteraient plus d'attention et de soutien... Considérée par la plupart des experts comme une activité du passé, l'agriculture est en fait un secteur de haute technologie
animée de plus en plus par de jeunes managers agricoles que complète une petite agriculture à vocation écologique et territoriale).
- la culture, arme anticrise (Lieux de réflexion ou d'évasion, les espaces de culture ou de loisirs ne connaissent pas la crise. Selon un sondage réalisé entre le 13 et le 22
octobre 2008, 42 % des Français veulent consommer davantage de biens culturels alors qu'ils dépensent déjà en moyenne 1 025 euros par an en sorties culturelles. Une bonne nouvelle pour une
branche d'activité qui réalise plus de 40 milliards d'euros de chiffre d'affaires et emploie plus de 470 000 personnes, soit un nombre équivalant à celui du commerce de l'automobile. Autant dire
que si la « marque » France était mieux valorisée, en particulier dans le domaine des industries culturelles, elle gagnerait les points de croissance qui lui ont tant fait défaut ces vingt
dernières années. Louvre, Sorbonne, Mont-Saint-Michel, autant de « marques » connues du monde entier et qui représentent des potentiels de revenus insoupçonnables. Comment expliquer autrement le
fait que c'est aujourd'hui la France qui enregistre l'une des plus fortes augmentations proportionnelles d'étudiants étrangers en Europe, en particulier chinois, dont le nombre a été multiplié
par neuf dans les quatre dernières années ? Pour prendre la mesure de la valeur d'une « marque pays », il suffit de voir comment Barack Obama a su capter la force de la « marque USA » pour
redonner espoir à tous ceux qui s'interrogeaient sur l'inéluctable déclin de l'empire américain).
- Destination France (C'est aussi l'attractivité de cette « chère vieille France » qui explique le fait que notre pays détient la première place mondiale dans l'industrie du
tourisme avec près de 82 millions d'arrivées de touristes internationaux, en croissance de 4 % par an depuis 2005. Le premier employeur de France, c'est le tourisme, qui assure un
excédent de la balance des services de plus de 10 milliards d'euros, emploie près de 2 millions de salariés et pourrait créer entre 300 000 et 600 000 emplois supplémentaires. Dans les vingt
prochaines années, on estime à 1 million le nombre de Chinois qui se rendront en France, des touristes qui sont parmi les plus dépensiers au monde. Paris est aujourd'hui la première place
mondiale pour l'organisation des foires, congrès et Salons internationaux (294 en 2006 avec plus de 50 000 emplois).
- l'edredon social (Enfin, les Français peuvent s'appuyer plus que d'autres sur l'édredon protecteur d'un Etat qui emploie directement ou indirectement plus de 5 millions de
fonctionnaires, dont le nombre, trop élevé en période où il faut lâcher les chevaux de la croissance, est un amortisseur de premier ordre quand il faut réduire la voilure. Avec 31,1 % de dépenses
totales de protection sociale en pourcentage du PIB, la France est de loin le pays du monde qui protège le mieux ses citoyens. Devant la Suède (30,7 %), la Belgique (30,1 %), les Pays-Bas (29,3
%), le Danemark (29,1 %), l'Allemagne (28,7 %), l'Autriche (28,5 %), l'Italie (26,9 %) et le Royaume-Uni (26,6 %). Pour donner la mesure concrète du poids de ces pourcentages, il suffit de
rappeler que 4,5 % de PIB en plus par rapport au Royaume-Uni, cela représente très concrètement 85 milliards d'euros, soit plus de trois fois les sommes consacrées au plan de relance. A elles
seules, les pensions de retraite, qui ne sont pas soumises aux caprices des marchés boursiers, représentent plus de 23 % du revenu des ménages déclaré à l'impôt. Pour certaines régions, comme la
Creuse, les Pyrénées-Atlantiques, la Nièvre, le Lot et le Var, elles représentent même plus du tiers des revenus du territoire, ce qui les abrite totalement des effets de la mondialisation et
amortit considérablement le choc, minime, des délocalisations. Des sommes qui devraient être rappelées à l'occasion de chaque mouvement social pour montrer qu'il n'est nul besoin de relancer la
consommation en France tant l'Etat-providence y pourvoit déjà largement plus qu'ailleurs).
| Février 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
|
||||||||||
Commentaires récents