Que Barack Obama soit un bon président, c'est, évidemment, ce que je souhaite pour
les Etats-Unis comme pour le monde. Mais, pitié, cessons les commentaires naïfs pétris d'arrogance française. Obama a été élu parce qu'il "incarnait le changement et non parce qu'il
était noir", comme l'a si bien dit Nicolas Sarkozy. Les Américains ont clairement voulu tourner la page des années Bush. Ils ont cherché son exact opposé. "Contrairement à toutes les
interrogations en France, avant le scrutin, la question noire n’a joué aucun rôle, ni pour ni contre, ce n’était tout simplement pas le sujet. Les électeurs ont majoritairement pensé qu’Obama
était le meilleur pour les sortir de la crise économique, de l’impasse écologique, du bourbier diplomatique. Pour l’image des Etats-Unis, c’est une formidable opération : dans le monde entier,
les Américains ont gagné vingt points de popularité en une nuit" analyse Hubert Védrine, avocat international et ancien ministre des Affaires étrangères du gouvernement Jospin de 1997 à
2002.
Lucide et clairvoyant, comme d'habitude, le brillant diplomate socialiste. Rare, au milieu des borgnes et des aveugles qui font de Barack Obama, comme l'écrit, avec pertinence, Patrick
Besson, chroniqueur à l'hebdomadaire le Point, "un mélange de Martin Luther King et de Descartes, avec un zeste de l'abbé Pierre. Un
dalaï-lama qui aurait réussi en Chine. Un Gandhi plus athlétique et mieux habillé. Un Nelson Mandela rajeuni de cinquante ans, avec le dernier ordinateur de Bill Gates et un nouveau coeur du
professeur sud-africain Barnard. Un Toussaint Louverture Net et Internet. (...) Les hommes politiques sont des hommes, quelle que soit leur couleur. Pas des dieux. Il est donc inapproprié de
se mettre à genoux devant eux, y compris avec un stylo".
Et d'ajouter : "les Etats-Unis ont un président noir, ce qui semble faire oublier au monde qu'il est démocrate. De ces Démocrates qui ont attaqué le Mexique et imposé la Prohibition sous
Wilson, envoyé les premières bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki au temps de Truman, favorisé la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy, commencé la guerre sous Johnson, bombardé
Belgrade et Bagdad sous Clinton. Que je sache, les Démocrates, pas plus que les Républicains, n'ont réduit les inégalités sociales aux Etats-Unis, ni moralisé la vie publique".
Sans oublier qu'Obama est favorable à la peine de mort et au port des armes. Qu'il milite pour l'envoi de nouvelles troupes en Afghanistan sans, pour autant, remettre à plat les objectifs,
la stratégie, le mode d’organisation, le volet politique inexistant jusqu’à présent et la concertation avec les pays voisins. Comme le résume si bien Hubert Védrine, sur les ondes et les plateaux
de télévision, depuis bientôt une semaine : " nous serions dans l’erreur si on voyait en Obama une sorte d’Européen post-moderne, cosmopolite. Il sera avant tout un président américain qui
défendra les intérêts de son pays. On peut parier que, dans la combinaison entre ouverture et protection qu’Obama mettra en oeuvre, il y aura sans doute davantage de protection".
Pendant ce temps-là, la France succombe à l'auto-flagellation. Ridicule et indécente. La France n'a pourtant pas à rougir, elle qui avait cinquante ans d'avance, bien avant Kofi Yamgnane,
secrétaire d'Etat des gouvernements Cresson et Rocard, élu maire de la petite ville de Saint-Coulitz en Bretagne, en 1989 : Gaston Monnerville, petit-fils d'esclave de Guyane, fut
président du Conseil de la République en 1947, président du Conseil général du Lot de 1951 à 1970 et, surtout, président du Sénat de 1959 à 1968, deuxième personnage de l'Etat ; et que
dire des Léopold Sédar Senghor et Houphouët-Boigny, ministres d'Etat sous De Gaulle et Debré !
Que les Français réfléchissent bien. Deux modèles de société, si différents, s'offrent à eux : d'un côté, "l'affirmative action", la discrimination positive, chère aux Américains
qui leur permet, certes, de voir Barack Obama franchir les portes de la Maison-Blanche mais qui, dans le même temps, tolère que près de 50% des noirs américains de 18 à 25 ans se trouvent en
prison ; de l'autre, "l'égalité républicaine" propre à la Patrie des Droits de l'Homme qui combat, à juste titre, le communautarisme et les critères ethniques. En se fondant sur
l'expérience, la justice et les valeurs républicaines, comment ne pas choisir le seul modèle qui puisse perdurer, tout en l'améliorant : celui qui fonde la promotion et la réussite sur
la compétence et le mérite.
Comme le dit, avec justesse et anticipation, Nicolas Domenach, chroniqueur à Marianne, "le vrai débat, le grand débat de demain n'est
pas de savoir quelle sera la couleur de la peau de celle ou celui qui occupera la fonction présidentielle. Ce n'est pas un débat de race, c'est un débat de classe. De classe sociale.
Pourquoi un fils d'ouvrier ne peut pas encore, en France, devenir président de la République ?"
Ah la gauche française ! Trois fois
défaite lors des dernières élections présidentielles (1995, 2002 et 2007), muette et cacophonique, elle s'enferme dans un nombrilisme forcené à quelques jours du vote interne, prévu le 6
novembre. Et à y regarder de plus près, la campagne interne du Congrès du Parti socialiste, qui devait tourner la page des années Hollande, le brillant Premier secrétaire élu, sans
discontinuer, depuis Brest (1997) jusqu'au Mans (2006), intrigue par sa recette au goût moisi : faire du très vieux avec du vieux. Enfermés dans un archaïsme hallucinant et un conservatisme à
toute épreuve, noyés dans la polyphonie des égo, les quatre principaux candidats au poste de Premier secrétaire semblent avoir oublié que nous avions changé de siècle.
Sous l'empire de la crise économique la plus violente qu'on ait connue depuis 1945,
provoquée par le dogmatisme mondialiste et ultra-libéral, il est temps de tirer quelques leçons d'un des évènements les plus importants de ce début de siècle :
Pour les derniers naïfs qui doutaient de la
nécessité d'affirmer haut et fort les valeurs de la République et de conforter l'intransigeance de l'Etat de droit quand il est à ce point méprisé, qu'ils s'interrogent, une fois encore, sur les
évènements survenus à Tours en fin de semaine dernière. Jeudi, le Tourangeau William Affoyon, porte-parole local du groupe extrémiste tribu Ka, est interpellé pour diffusions de propos injurieux
et orduriers, à caractère raciste et antisémite, après avoir "oublié" de se présenter, le matin même, devant le tribunal correctionnel pour outrages à magistrat. Dans les minutes qui suivent,
quatre de ses amis se présentent devant le commissariat, promettent de "revenir armés pour libérer leur frère", multiplient les menaces de mort et les provocations devant les policiers,
bousculent une femme enceinte et empoignent un policier avant d'être, enfin, interpellés et placés, eux aussi, en garde à vue, avant d'être une fois de plus relâchés. On apprendra plus tard que,
dans la matinée, ils s'en étaient pris à un cabinet d'avocats non loin du palais de justice. "On a eu de la chance, mais aussi très peur" reconnaît la jeune avocate, Aude Gruninger-Gouze
qui témoigne dans la Nouvelle République : "j'ai trouvé un homme noir baraqué devant moi, menaçant. Je l'ai prié de sortir, il ne voulait pas. (...) Entre-temps, un deuxième homme est arrivé.
Avec l'aide d'un client costaud, nous les avons fait partir après que le deuxième a uriné dans l'escalier".
D'aucuns le présentaient comme la figure montante de la
politique française, un jeune facteur au verbe haut et au visage poupin, le pourfendeur intrépide de l'hypercapitalisme et des parachutes dorés, le protecteur de la veuve des services publics et
de l'orphelin des marchés financiers. Nombreux étaient ceux qui faisaient de lui le seul opposant crédible à Nicolas Sarkozy, le futur remplaçant de Ségolène Royal. Fort de ses 4% des
suffrages obtenus lors des élections présidentielles de 2002 et 2007, le drapeau rouge de Neuilly devait, inéxorablement, se substituer à la tunique bleue du Poitou. Mais le porte-parole de
la LCR a achevé de révéler, ce week-end, aux yeux des derniers naïfs de la France des bobos et des gogos, ce qu'il était au fond. Un archéo-marxiste, le plus ringard des paléo-trostkystes :
le compagnon de route de l'ultra-gauche, fascinée par la lutte armée et les terroristes d'Action directe.
"
Deux mois après l'ouverture des réflexions sur l'avenir de la Poste, les 300 000 salariés de l'établissement public étaient appelés aujourd'hui à se mobiliser pour obtenir un débat
public sur le sujet. La Poste n'est pas une entreprise comme les autres, c'est une évidence. Avec ses 12 000 bureaux répartis sur tout le territoire, elle constitue l'un des derniers services
publics de proximité. Ce qui se joue dans les mois qui viennent, c'est la capacité de l'entreprise à se doter des moyens pour s'adapter à temps à l'ouverture totale de ses marchés, imposée
par Bruxelles dès 2011. Cette année-là, des concurrents, comme la Poste allemande, pourraient s'attaquer sérieusement au marché français. Or, La Poste a cruellement besoin de se moderniser si
elle veut passer ce cap difficile : perte du monopole de distribution du Livret A qu'elle partageait avec l'Ecureuil au 1er janvier prochain, besoin croissant des entreprises, investissements
lourds pour les services colis et express,... Au total, le président de La Poste, Jean-Paul Bailly, chiffre l'addition à 3 milliards d'€, soit dix fois la capacité d'investissement générée chaque
année, ce qui rend incontournable la nécessité d'ouvrir le capital.
La liberté dans le
domaine économique constitue évidemment le socle de tout système viable. La liberté de créer, la liberté d'entreprendre, la liberté de vivre des fruits de son travail représentent des valeurs
fondamentales et positives à préserver et à promouvoir. Et l'intervention permanente et excessive de l'Etat tout comme la hausse régulière des taxes, des impôts et des charges
asphyxient depuis trop longtemps notre système économique.
"Fille aînée de l'Eglise", mais également héroïne du combat laïque, la France ne reçoit jamais un pape dans l'indifférence. Le volcan excessif de la libre pensée jette à chaque visite
sa lave dans les eaux sages et profondes de notre héritage chrétien : au milieu trône, paisible et rassembleur, l'idéal français et républicain qui permet de faire coexister Jeanne d'Arc et le
père Combes, ceux qui croient au ciel et ceux qui n'y croient pas. Cet idéal que nous défendons tous comme ciment de notre "vivre ensemble" porte, encore plus aujourd'hui qu'hier, un nom
inventé il y a des siècles : la laïcité !
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