Lundi 23 juin 2008
par gp

Je suis évidemment attaché à la souveraineté et à la sécurité d'Israël, grand ami de la France. Et je considère que la paix au Proche-Orient passe par une politique claire : défense de l'Etat d'Israël, fermeté sur le dossier nucléaire iranien, engagement et soutien à un Liban indépendant, main tendue aux pays arabes. Dans cette perspective, les propos du chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, en écho à ceux du Président Américain George Bush, ont pris une résonance particulière hier à sa descente d'avion : "si je suis ici, c'est parce que je suis plus que jamais convaincu que la sécurité d'Israël ne sera vraiment assurée qu'avec la naissance du deuxième Etat, l'Etat palestinien".

La base d'une telle création pourrait s'appuyer sur les accords de Genève de 2003 qui se fondent, eux-mêmes, sur les résolutions des Nations unies, la conférence de Madrid (1991), les accords d’Oslo (1993) ainsi que les avancées diplomatiques qui suivirent. Sans oublier les négociations de Camp David (juillet 2000) et de Taba (janvier 2001) pour définir les bases sur lesquelles un Etat palestinien indépendant serait créé aux côtés de l’Etat d’Israël : l'Etat de Palestine serait démilitarisé. Il disposerait néanmoins de forces de sécurité pour maintenir l’ordre, prévenir le terrorisme et surveiller les frontières. Il serait créé à l’intérieur des frontières du 4 juin 1967, s’étendrait sur la totalité de la bande de Gaza et sur 97,5 % de la Cisjordanie. Les 2,5 % restants seraient annexés par Israël pour regrouper les plus grosses colonies juives de la région de Jérusalem, y compris, plus au sud, celles de Goush Etzion ­ mais les colonies d’Ariel, d’Efrat et de Har Homa feraient partie de l’Etat palestinien. En outre, un passage routier, placé sous souveraineté israélienne et sous contrôle palestinien, reliera la bande de Gaza à la Cisjordanie.
L'Etat palestinien aurait sa capitale à Jérusalem-Est. Les quartiers juifs implantés à l’est de la ville (y compris Givat Zeev et une partie de Maale Adoumim) demeureraient sous souveraineté israélienne. La Vieille Ville passerait, elle, sous souveraineté palestinienne, aux seules exceptions du mur des Lamentations et du quartier juif. Le libre accès de tous les fidèles aux lieux de prière serait garanti par une force internationale. Quant au mont des Oliviers, à la Ville de David et à la vallée de Kivron, ils seraient placés sous supervision internationale. Les deux municipalités formeraient un comité de coordination, et les trois religions un comité consultatif. Le Quartet (Nations unies, Etats-Unis, Union européenne, Russie) et les autres forces qui souhaiteraient s’y joindre nommeraient un représentant spécial et créeraient une force multinationale destinée à surveiller la mise en oeuvre des accords.
Voici plus d’un siècle que dure le conflit israélo-palestinien. Il a causé la mort de dizaines de milliers de gens de part et d’autre, le déplacement de millions de Palestiniens et le gaspillage de gigantesques ressources, qui auraient dû être utilisées de façon plus constructive. Le fait qu’il persiste souligne la complexité et l’intensité de ses composantes ­ nationale, religieuse et historique, chacune suffisant à elle seule à l’alimenter. Certes, le texte des Accords de Genève ne sera perçu par aucun des deux camps comme parfaitement juste. Il est également vrai qu’aucune des deux parties ne sera en état de crier complètement victoire, puisqu’il s’agit d’un accord fondé sur un compromis, chacun faisant une part du chemin. La base morale d’un tel accord, c’est la recherche d’une solution raisonnable qui engage les deux camps, et qui a pour but de mettre fin aux tueries, à la vengeance et à la haine.

La paix au Proche-Orient est d'une urgence absolue ; l'Union européenne, que va diriger dans quelques jours Nicolas Sarkozy, a une responsabilité majeure dans la possibilité d'un règlement du conflit et l'émergence d'une paix durable. Il s'agit d'une occasion historique pour la France, comme pour l'Europe, de démontrer leur rayonnement international. Avec une certitude : la paix ne pourra passer que par une triple souveraineté établie, encouragée et respectée ; les souverainetés israélienne, libanaise et palestinienne.

 

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