Jeudi 26 juin 2008
- Par gp

Le tourisme, c'est, selon Jacques Marseille, le brillant économiste, la "première industrie de France" avec près de 2 millions d'emplois non délocalisables et 600 000 supplémentaires dans les années qui viennent si la France prend les mesures qui s'imposent dans ce domaine prioritaire, mais qui montre des signes d'essoufflement. Même si la France a enregistré, en 2007, 82 millions de visiteurs étrangers, sa part dans le marché international a reculé de 12% en 1990 à 9% aujourd'hui. Performance médiocre d'autant plus inquiétante si l'on sait que l'Espagne, avec seulement 59 millions de touristes a récolté 40 milliards d'€ de recettes contre 39 à la France.
"La France a un patrimoine très riche, mais n'arrive pas à le mettre suffisamment en avant", a regretté Jean-Marc Bellaïche, expert du cabinet américain Boston Consulting Group (BCG), chargé de dresser l'état des lieux du tourisme en France. La France reste à la traîne en termes d'accueil des touristes: seulement 20% s'y sentent bien accueillis, contre 30% en Espagne et 33% en Italie, selon un sondage Ipsos. Pire, alors qu'elle se targue de son excellence culinaire, elle est désormais devancée par l'Italie, qui recueille 51% d'avis positifs pour sa "nourriture de qualité", contre 42% pour la France. "On est le pays le plus beau du monde, mais cela ne suffit pas. Il faut passer la vitesse supérieure", a plaidé Gilles Pélisson, directeur général du groupe hôtelier Accor.
Côté dépenses, la France fait figure de lanterne rouge : "Maison de la France", organisme chargé de la promotion touristique à l'étranger, disposait en 2007 de 77 millions d'euros, dont 33,4 millions financés par le budget de l'Etat. S'y ajoutent les dépenses des collectivités locales et territoriales. A titre de comparaison, le gouvernement espagnol consacre 130 millions d'euros par an à la promotion touristique, et a débloqué une rallonge de 322 millions d'euros pour son "plan Tourisme 2020". Rapporté au nombre de visiteurs, la France arrive avant-dernière en termes d'investissement budgétaires parmi 47 pays étudiés par l'Organisation mondiale du tourisme (OMT). "Il ne suffit pas d'avoir de bons produits, il faut aussi se donner les moyens de les vendre", a commenté son président, Francesco Frangialli.
Il était temps de prendre des mesures énergiques : c'est le choix courageux qu'a fait Hervé Novelli, notre secrétaire d'Etat au tourisme. Dépoussiérage de la classification des hôtels et création d'une nouvelle marque pour promouvoir la destination France : ce sont deux des mesures qu'il a annoncées pour donner un nouvel élan au secteur d'ici 2020.
"L'équipe de France du tourisme va marquer des buts à l'avenir si l'on améliore la qualité de l'accueil et l'offre", a-t-il déclaré lors des Assises nationales du tourisme, qui ont réuni pendant deux jours 1.200 professionnels du secteur. Parmi les principales mesures figurent la création d'un fonds pour la rénovation des hôtels, l'accélération de l'octroi de visas aux touristes des pays émergents (Russie, Chine, Inde, Brésil, Mexique) et la levée des freins pesant sur l'ouverture de nouvelles lignes aériennes.
Il a aussi dévoilé le logo de la nouvelle "marque France", qui représente "une Marianne en mouvement". Une marque symbole qui doit contribuer à attirer de "nouveaux touristes" comme les seniors et les visiteurs des pays émergents car la France ne disposait pas jusquà aujourd'hui de marque unique pour harmoniser l'image de la France dans le monde !
Par ailleurs, M. Novelli présentera, avant la fin de l'année, un projet de loi sur le tourisme, qui intégrera une partie des mesures, dont la refonte de la classification hôtelière "à l'horizon 2012". Une cinquième étoile sera créée pour remplacer le label "4 étoiles luxe". Mise en place en 1986, "l'actuelle classification est obsolète", a-t-il fait valoir, citant comme exemple "la présence exigée de cabines téléphoniques dans les 2 étoiles". Sur les 18.000 hôtels classés en France, 15.000 hôtels doivent être "partiellement ou totalement rénovés" pour se mettre en conformité avec les futures normes. D'où l'idée de mettre en place, avec la Caisse des Dépôts (CDC) des "mécanismes" permettant de faciliter l'octroi d'emprunts aux hôteliers. Selon M. Novelli, la CDC "pourrait se substituer à l'apport initial du chef d'entreprise" et "servir de garantie".
Accroître la fréquentation touristique est indispensable : elle nous permettra, si ces mesures ambitieuses sont mises en oeuvre, de relancer cette croissance qui nous fait tant défaut.

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