Quarante-huit heures de fastes
tricolores et républicains ont, certes, de quoi chatouiller l'orgueil national. Et quoi que puisse réserver l'avenir militaire du Livre blanc, la grogne de l'institution a fondu, le temps d'un
défilé de grande tenue, sous les compliments présidentiels destinés à désamorcer la crise. Mais il ne suffit pas de rendre les honneurs à l'armée française et de l'applaudir chaleureusement sur
les Champs-Elysées pour faire disparaître le malaise de la "Grande Muette".
Bien sûr, la mise en scène du 14 juillet fut magistrale ; sous le ciel bleu de Paris soufflait un vent d'universalité, du contingent de 145 Casques Bleus aux quarante chefs d'Etat ou de
gouvernement, avec des cohabitations que d'aucuns auraient jugés, à juste titre, improbables jusque-là : l'Israélien Olmert, le Palestinien Abbas, le Syrien Bachar el-Assad, le Libanais
Sleimane, assis à quelques mètres les uns des autres.
Mais ces symboles, quoique importants et positifs sur le plan diplomatique pour faire de la France cette puissance d'équilibre et de contrepoids à toutes les hégémonies sur le plan international,
cachent mal, très mal même, la réduction programmée de notre force militaire de projection à l'étranger et la fin annoncée de plusieurs dizaines de bases sur notre territoire. Oui, ce 14 juillet,
je n'étais pas là simplement pour soutenir l'armée française. Je soutenais aussi ces maires de tous les quatre coins de France qui se battent sans relâche pour conserver le fondement du lien
Armée-Nation, ces bases militaires ancrées dans les terroirs et les territoires, au plus près des populations. Le couperet de la nouvelle carte militaire ne va plus tarder : oui, nous
devons réformer. Non et trois fois non, nous ne devons sacrifier le coeur même de l'indépendance nationale et de la protection de l'intégrité de notre sol sur l'autel de restrictions budgétaires,
conséquences de trente années d'incompétences dans la gestion des comptes publics.