Deux mois après l'ouverture des réflexions sur l'avenir de la Poste, les 300 000 salariés de l'établissement public étaient appelés aujourd'hui à se mobiliser pour obtenir un débat
public sur le sujet. La Poste n'est pas une entreprise comme les autres, c'est une évidence. Avec ses 12 000 bureaux répartis sur tout le territoire, elle constitue l'un des derniers services
publics de proximité. Ce qui se joue dans les mois qui viennent, c'est la capacité de l'entreprise à se doter des moyens pour s'adapter à temps à l'ouverture totale de ses marchés, imposée
par Bruxelles dès 2011. Cette année-là, des concurrents, comme la Poste allemande, pourraient s'attaquer sérieusement au marché français. Or, La Poste a cruellement besoin de se moderniser si
elle veut passer ce cap difficile : perte du monopole de distribution du Livret A qu'elle partageait avec l'Ecureuil au 1er janvier prochain, besoin croissant des entreprises, investissements
lourds pour les services colis et express,... Au total, le président de La Poste, Jean-Paul Bailly, chiffre l'addition à 3 milliards d'€, soit dix fois la capacité d'investissement générée chaque
année, ce qui rend incontournable la nécessité d'ouvrir le capital.
Entre le réflexe ultra-conservateur de syndicats à bout de souffle qui refusent toute évolution, et la tentation d'une périlleuse entrée en Bourse qui ouvrirait la brèche d'une privatisation
dangereuse, espérons que l'Etat, tout en restant majoritaire, fasse le choix de la seule solution réaliste qui garantit la préservation comme la modernisation d'un service public essentiel à
l'équilibre de nos territoires : l'Etat resterait l'unique propriétaire tout en adossant le capital à des partenaires publics, comme la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), ouverture
pour laquelle le directeur général, Augustin de Romanet, s'est déclaré favorable. C'est aussi la position de la CFDT, syndicat réformiste. Loin de toute idéologie, c'est la seule voie
efficace et moderne qui permettrait de sauvegarder, tout en l'améliorant, cette partie non négligeable de notre patrimoine et de notre identité.