Lundi 6 octobre 2008
- Par gp

D'aucuns le présentaient comme la figure montante de la politique française, un jeune facteur au verbe haut et au visage poupin, le pourfendeur intrépide de l'hypercapitalisme et des parachutes dorés, le protecteur de la veuve des services publics et de l'orphelin des marchés financiers. Nombreux étaient ceux qui faisaient de lui le seul opposant crédible à Nicolas Sarkozy, le futur remplaçant de Ségolène Royal. Fort de ses 4% des suffrages obtenus lors des élections présidentielles de 2002 et 2007, le drapeau rouge de Neuilly devait, inéxorablement, se substituer à la tunique bleue du Poitou. Mais le porte-parole de la LCR a achevé de révéler, ce week-end, aux yeux des derniers naïfs de la France des bobos et des gogos, ce qu'il était au fond. Un archéo-marxiste, le plus ringard des paléo-trostkystes : le compagnon de route de l'ultra-gauche, fascinée par la lutte armée et les terroristes d'Action directe.

Pourtant, la crise du capitalisme, conjuguée aux bisbilles d'avant-congrès du Parti socialiste, devait ouvrir un boulevard au NPA, le Nouveau Parti Anticapitaliste créé par Besancenot. Mais voilà : l'affaire Rouillan lui colle désormais à la peau. En acceptant l'adhésion de l'ancien criminel d'Action directe au Comité NPA de Marseille, en refusant de dénoncer les propos du cofondateur du groupuscule terroriste qui laisse entendre, dans une interview à l'Express, qu'il n'éprouve aucun remords pour les assassinats du général Audran et de l'ancien patron de Renault Georges Besse, et en réclamant une mobilisation pour sa libération immédiate, Olivier Besancenot s'est trahi et a dévoilé, au grand jour, l'immense supercherie. Dans une interview au Parisien Aujourd'hui en France, Françoise Rudetzki, la fondatrice de SOS Attentats, tente de lui rappeler les fondamentaux de la démocratie : "Parce qu'à mes yeux, les crimes d'Action directe procèdent de la même logique que ceux commis par Hitler, Staline ou Ben Laden : il s'agit d'éliminer physiquement l'adversaire, patrons d'industrie, opposants juifs, infidèles, et d'ériger le crime en moyen de propager ses idées politiques. L'échelle n'est pas la même, mais l'intention et la logique sont identiques. (...) Rouillan et ses amis n'ont jamais renoncé à la violence comme mode d'action. (...) C'est inconcevable dans une démocratie où le bulletin de vote permet aux citoyens de s'exprimer. (...) Je regrette qu'il existe entre certains militants d'extrême-gauche et les militants d'Action directe, une certaine communauté d'idée, une certaine connivence intellectuelle. En démocratie, ce n'est pas acceptable."

Que ces propos sonnent justes et apportent un peu d'air frais autour d'un facteur de plus en plus caricatural et nauséabond. Même la jeune et jolie Clémentine Autain, l'ancienne adjointe communiste de Bertand Delanoé à la mairie de Paris, s'inquiète dans le Journal du Dimanche : "il est hors de question que je sois dans le même parti que quelqu'un qui ne semble pas contester la lutte armée comme méthode politique. (...) Je me demande parfois si, aux yeux de certains au NPA, il n'est pas plus grave d'avoir participé à un exécutif avec le PS que d'avoir tué des gens".

En 2006, Besancenot confiait avoir beaucoup de respect pour Trotsky, le fondateur des premiers goulags ; en 2007, il commettait un ouvrage élogieux sur Che Guevara dont même Régis Debray, son ancien compagnon de Bolivie, soulignait « la haine efficace qui fait de l'homme une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer ». Castro, lui-même, évoquait « sa qualité d'agressivité excessive ». Pour le Che, sa conduite était dictée par la révolution mondiale qui était une véritable lutte à mort contre l'impérialisme, et il s'en justifia officiellement : « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort» (le 11 décembre 1964 devant l'Assemblée général des Nations Unies). En 2008, Besancenot soutient Rouillan, figure de proue des terroristes d'Action directe, et en fait un des adhérents de son nouveau parti. Et en 2009, sur quel criminel flottera le drapeau rouge-sang du porte-parole de la Ligue Communiste Révolutionnaire ?

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Commentaires

Merci de dire si haut et si bien ce que nous sommes nombreux à penser. Ras le bol de voir ce démodé à la télé nous faire des leçons. Qu'il retourne avec ses amis gérilléros !
Commentaire n° 1 posté par mathilde le 06/10/2008 à 11h34
le fait que vous citez m'avait beaucoup choqué...je suis donc ravie que vous apportiez votre analyse sur ce point. Je ne comprends pas non plus pourquoi vous êtes parfois comparé à Besancenot....pour moi vous n'êtes certainement pas le "Besancenot de la Droite"!!
Commentaire n° 2 posté par rafale le 06/10/2008 à 13h47
vous êtes apparemment le seul à être lucide sur le favteur troskiste; l'ump le favorise et s'en sert pour qu'il apparaisse comme premier opposant à Sarko afin de balayer les dernières miettes qui restent du PS. Mitterrand, avec plus d'audace, d'habilité et d'intelligence n'avait-il pas fait la même chose à la droite ac le FN?
Commentaire n° 3 posté par André le 06/10/2008 à 14h50
Tout a fait d'accord avec Andre. La bien-pensance etait il y a peu de fustiger comme terriblement dangereuse une extreme-droite francaise dont on voit le peu d'echo qu'elle recueille aujourd'hui. Il faut denoncer a present l'archaisme violent et sectaire, totalement assume d'un Besancenot qui bluffe son monde politico-mediatique. Mais ce courage-la est bien peu rependu dans les rangs de la droite, par interet electoral sans doute. Vous avez ete le seul a denoncer dans un post precedent que Michel Drucker le recoive une apres-midi durant, banalisant et offrant une respectabilite a son discours de haine envers les fondamentaux de notre societe europeenne. Le courage et le sens des responsabilites qui sont les votres sont un gage de confiance et d'independance. Bravo.
Commentaire n° 4 posté par scipion l'africain le 07/10/2008 à 12h37
Besancenot révèle, derrière ses slogans faciles, une idéologie communiste et révolutionnaire que tous les démocrates doivent dénoncer. Ses choix ne sont pas des choix républicains et vous avez raison de le souligner courageusement
Commentaire n° 5 posté par flo le 07/10/2008 à 17h16
Le présupposé de base de l'homme de lettre de Neuilly : un crime n'est pas un crime du moment que l'intention est politique. Ce crime devient un acte de guerre avec des dégats colatéraux domageables mais nécessaires. C'est une approche évidemment amoral, mais surtout conduisant à déplacer les consciences et la vraie vie dans le domaine des intentions donc du rêve. Le pays réel est en sang, mais l'intention est bonne. Car l'intention, c'est l'idée. Le plus grand crime est bien sûr cette adoration de l'idéologie qui fait du criminel non plus un être pensant, mais un être pensé par ses idées, un pantin du vide. Besancenot est une marionnette de plus du néant. Il ne faut pas jouer avec. L'UMP a tord de s'en amuser. C'est ignorer que le néant se propage vite. Pourtant la montée de l'islamisme nous le prouve chaque jour...
Commentaire n° 6 posté par FRICHE le 07/10/2008 à 21h43
J'avoue que je le trouvais sympathique. Il est performant dans les médias (comme vous d'ailleurs). Mais ces dernières prises de position et son ton de plus en plus agressif le rendent dangereux et extrémiste. C'est vrai.
Commentaire n° 7 posté par anne le 08/10/2008 à 10h31
Besancenot devrait avoir honte de ne pas condamner avec clarté Rouillan et de lui interdire d'adhérer à son nouveau parti. Cela prouve ce que l'on sait : les trostkystes n'ont jamais renoncé à la violence comme étape utlime de leur éventuelle arrivée au pouvoir. Merci, M. Peltier, de le dire avec autant de clarté et de brio. En tant que responsable syndical, je peux vous dire que les amis de Besancenot du syndicat SUD ne sont pas mieux.
Commentaire n° 8 posté par olivier le 08/10/2008 à 19h52
 
 
 
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