D'aucuns le présentaient comme la figure montante de la
politique française, un jeune facteur au verbe haut et au visage poupin, le pourfendeur intrépide de l'hypercapitalisme et des parachutes dorés, le protecteur de la veuve des services publics et
de l'orphelin des marchés financiers. Nombreux étaient ceux qui faisaient de lui le seul opposant crédible à Nicolas Sarkozy, le futur remplaçant de Ségolène Royal. Fort de ses 4% des
suffrages obtenus lors des élections présidentielles de 2002 et 2007, le drapeau rouge de Neuilly devait, inéxorablement, se substituer à la tunique bleue du Poitou. Mais le porte-parole de
la LCR a achevé de révéler, ce week-end, aux yeux des derniers naïfs de la France des bobos et des gogos, ce qu'il était au fond. Un archéo-marxiste, le plus ringard des paléo-trostkystes :
le compagnon de route de l'ultra-gauche, fascinée par la lutte armée et les terroristes d'Action directe.
Pourtant, la crise du capitalisme, conjuguée aux bisbilles d'avant-congrès du Parti socialiste, devait ouvrir un boulevard au NPA, le Nouveau Parti Anticapitaliste créé par Besancenot. Mais voilà
: l'affaire Rouillan lui colle désormais à la peau. En acceptant l'adhésion de l'ancien criminel d'Action directe au Comité NPA de Marseille, en refusant de dénoncer les propos du cofondateur du
groupuscule terroriste qui laisse entendre, dans une interview à l'Express, qu'il n'éprouve aucun remords pour les assassinats du général Audran et de l'ancien patron de Renault Georges Besse, et
en réclamant une mobilisation pour sa libération immédiate, Olivier Besancenot s'est trahi et a dévoilé, au grand jour, l'immense supercherie. Dans une interview au Parisien Aujourd'hui en
France, Françoise Rudetzki, la fondatrice de SOS Attentats, tente de lui rappeler les fondamentaux de la démocratie : "Parce qu'à mes yeux, les crimes d'Action directe procèdent de la même
logique que ceux commis par Hitler, Staline ou Ben Laden : il s'agit d'éliminer physiquement l'adversaire, patrons d'industrie, opposants juifs, infidèles, et d'ériger le crime en moyen de
propager ses idées politiques. L'échelle n'est pas la même, mais l'intention et la logique sont identiques. (...) Rouillan et ses amis n'ont jamais renoncé à la violence comme mode d'action.
(...) C'est inconcevable dans une démocratie où le bulletin de vote permet aux citoyens de s'exprimer. (...) Je regrette qu'il existe entre certains militants d'extrême-gauche et les militants
d'Action directe, une certaine communauté d'idée, une certaine connivence intellectuelle. En démocratie, ce n'est pas acceptable."
Que ces propos sonnent justes et apportent un peu d'air frais autour d'un facteur de plus en plus caricatural et nauséabond. Même la jeune et jolie Clémentine Autain, l'ancienne
adjointe communiste de Bertand Delanoé à la mairie de Paris, s'inquiète dans le Journal du Dimanche : "il est hors de question que je sois dans le même parti que quelqu'un qui ne
semble pas contester la lutte armée comme méthode politique. (...) Je me demande parfois si, aux yeux de certains au NPA, il n'est pas plus grave d'avoir participé à un exécutif avec le PS
que d'avoir tué des gens".
En 2006, Besancenot confiait avoir beaucoup de respect pour Trotsky, le fondateur des premiers goulags ; en 2007, il commettait un ouvrage élogieux sur Che Guevara dont même Régis Debray, son
ancien compagnon de Bolivie, soulignait « la haine efficace qui fait de l'homme une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer ». Castro, lui-même,
évoquait « sa qualité d'agressivité excessive ». Pour le Che, sa conduite était dictée par la révolution mondiale qui était une véritable lutte à mort contre
l'impérialisme, et il s'en justifia officiellement : « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à
mort» (le 11 décembre 1964 devant l'Assemblée général des Nations Unies). En 2008, Besancenot soutient Rouillan, figure de proue des terroristes d'Action directe, et en fait un des
adhérents de son nouveau parti. Et en 2009, sur quel criminel flottera le drapeau rouge-sang du porte-parole de la Ligue Communiste Révolutionnaire ?