Pour les derniers naïfs qui doutaient de la
nécessité d'affirmer haut et fort les valeurs de la République et de conforter l'intransigeance de l'Etat de droit quand il est à ce point méprisé, qu'ils s'interrogent, une fois encore, sur les
évènements survenus à Tours en fin de semaine dernière. Jeudi, le Tourangeau William Affoyon, porte-parole local du groupe extrémiste tribu Ka, est interpellé pour diffusions de propos injurieux
et orduriers, à caractère raciste et antisémite, après avoir "oublié" de se présenter, le matin même, devant le tribunal correctionnel pour outrages à magistrat. Dans les minutes qui suivent,
quatre de ses amis se présentent devant le commissariat, promettent de "revenir armés pour libérer leur frère", multiplient les menaces de mort et les provocations devant les policiers,
bousculent une femme enceinte et empoignent un policier avant d'être, enfin, interpellés et placés, eux aussi, en garde à vue, avant d'être une fois de plus relâchés. On apprendra plus tard que,
dans la matinée, ils s'en étaient pris à un cabinet d'avocats non loin du palais de justice. "On a eu de la chance, mais aussi très peur" reconnaît la jeune avocate, Aude Gruninger-Gouze
qui témoigne dans la Nouvelle République : "j'ai trouvé un homme noir baraqué devant moi, menaçant. Je l'ai prié de sortir, il ne voulait pas. (...) Entre-temps, un deuxième homme est arrivé.
Avec l'aide d'un client costaud, nous les avons fait partir après que le deuxième a uriné dans l'escalier".
Au-delà de ces évènements minables, l'affaire tourangelle révèle les difficultés de l'Etat à faire appliquer des lois de bon sens. La Tribu Ka symbolise, selon de nombreux commentateurs et
journalistes, l'émergence d'un extrémisme noir en France. Elle fut fondée par Kémi Séba, à l'origine proche des thèses du mouvement musulman américain la Nation of Islam. Pendant sa période
d'activité, la tribu Ka organisait régulièrement des réunions interdites aux Blancs, aux Juifs et aux Arabes. La Tribu Ka, dénonçant le métissage, prône la séparation raciale à l'échelle mondiale
et réclame un dédommagement financier à l'Ocident pour l'esclavage.
Rappelons qu'en suivant une proposition du ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, fondée sur la loi du 10 janvier 1936 « relative aux groupes de combat et
milices privées », le président de la République, Jacques Chirac, avait décidé de dissoudre la Tribu Ka le mercredi 26 juillet 2006 par décret pris en conseil des
ministres : "la tribu Ka se livre à la propagation d'idées et de théories tendant à justifier et à encourager la discrimination, la haine et la violence raciales, notamment à l'encontre
des personnes qui ne sont pas de couleur noire, qu'il prône également l'antisémitisme et qu'il a organisé des actions menaçantes à l'égard de personnes de confession juive. Elle a provoqué à la
discrimination, à la haine ou à la violence envers des personnes à raison de leur appartenance à une race ou une religion déterminée, et propagé des idées ou théories à caractère raciste et
antisémite ». Depuis, pourtant, ce groupe de quelques dizaines d'individus poursuit ses actions, comme à Tours où il organisait un meeting le 14 décembre 2006, plusieurs mois après sa
dissolution officielle, et renaît de ses cendres sur le territoire national sous un nouveau nom.
Quand la République recule, c'est le communautarisme et la violence qui progressent. Demandons aux autorités de l'Etat, du préfet jusqu'au sommet de l'Etat, de veiller à la stricte application
des lois et de contrôler le respect des règles du vivre ensemble. Tous les extrémismes, de droite comme de gauche, communautaristes comme xénophobes, doivent être combattus. Chacun peut
s'exprimer et défendre ses convictions, quelles qu'elles soient, à la condition expresse qu'il le fasse dans le cadre républicain, dans le respect de la dignité humaine, sans haine ni violence.
Entre le politiquement correct et la pensée unique qui affadissent les idées comme les débats, et les extrémismes qui les trahissent, il est du devoir des hommes et femmes passionnées par le
chose publique de promouvoir une autre voie : celle des convictions fortes et du verbe haut. Décomplexé et républicain, tel est le chemin de l'efficacité et de la sagesse politiques.