L'argent des patrons est devenu un enjeu social. Haro sur les riches. "Les
capitalistes, disait Lénine, vendront la corde qui permettra de les pendre". A chaque jour son scandale, dont on ne sait trop s'il faut l'inscrire au compte de l'autisme,
du mépris ou de la pure cupidité. En 2006, Antoine Zacharias, parti de Vinci, recevait 170 millions d'€ de stock-options et 13 millions d'€ de prime ; en 2005, c'était Noël Forgeard, le
patron d'Airbus, qui touchait 8,5 millions d'€ d'indemnités. Et après eux, Patricia Russo, la directrice générale d'Alcatel-Lucent (6 millions) ou encore Serge Tchuruk (5,7 millions). Sans
oublier, la semaine dernière, la Société générale qui annonçait la distribution de 70 000 stock-options au président Daniel Bouton et 3,7 millions d'€ au directeur général Frédéric Oudéa, qui y
ont finalement renoncé sous la pression politico-médiatique.
On pensait que la crise aidant, ils avaient compris. Qu'ils s'étaient rendu compte que les bonus faramineux, les stock-options obscènes, les parachutes indécents étaient passés de saison. Comme
l'écrit fort bien Alexis Brézet dans le Figaro, "ceux-ci dont la banque a été renflouée par l'Etat se font attribuer, au plus bas, des montagnes d'actions qu'ils pourront revendre au plus
haut. Celui-là, dont l'entreprise en capilotade ne doit qu'aux subsides publics d'échapper à la catastrophe, se voit offrir une himalayesque prime de départ pour récompenser ses piteux
résultats". La crise a le mérite de rappeler qu'un dirigeant d'entreprise doit être non seulement performant mais exemplaire. Elle rappelle le bien-fondé du sens commun et conduit à
s'interroger sur des pratiques discutables. Dans ce cadre, l'annonce du Président de la République d'un décret visant à interdire les bonus des dirgeants des entreprises aidées par les fonds
publics va, à l'évidence, dans le bon sens. Mais il faut vite sortir de cette vague folle où l'opinion dit le droit.
Oh, certes, quand la morale est absente, rien ne remplace la loi. Il est absurde aujourd'hui de voir cette minorité dirigeante gagner à tous les coups. Quand ça marche, elle empoche ; quand ça ne
marche pas, elle touche bonus et stock-options : comme le résumait efficacement Bernard Tapie, ce week-end, "c'est devenu le seul casino au monde où, même quand on perd, on gagne".
Derrière ce concours de goinfrerie, l'immense majorité silencieuse des patrons, propriétaires de leur PME, TPE, PMI qui, jour après jour, nuit après nuit, combattent et se débattent entre impôts,
charges, contraintes sociales et paperasserie. Ils déploient des prodiges d'énergie pour convaincre les banques, préserver leurs parts de marché et sauver les emplois.
Comment faire entendre cette vérité quand une poignée d'inconscients jette le discrédit sur tous les autres ? Que répondre au procès fait à Total ou à Thierry Morin, courageux président de Valéo
pendant vingt années et sacrifié sur l'autel de l'indignation populaire ? Qu'opposer à cette démagogie antipatronale qui déferle de la Guadeloupe aux rues de la capitale ?
Le système a besoin d'ordre et de justice. Par la réaffirmation des principes et les valeurs de l'exemple.
- Pour les principes : puisque des égarés ont perdu raison, multipliant les profits sans risque, les enrichissements sans cause, les parachutes sans morale, il était temps de voir le politique
reprendre le pouvoir et réaffirmer les valeurs du capitalisme familial, de la morale entrepreneuriale et les règles de droit comme d'équité.
- Pour les exemples : ils sont légions, innombrables en France. Les PME sont les poumons magnifiques de notre économie et de nos emplois. Et les raisons d'espérer sont réelles quand on
entend Hervé Novelli, le dynamique ministre des entreprises, annoncer le premier bilan d'une excellente recette anti-crise : le statut d'auto-entrepreneur fait un véritable carton. En trois mois,
près de 100 000 Français ont créé leur propres entreprises dans des conditions optimales sur le plan administratif comme fiscal ! Sans doute 200 000 d'ici la fin de l'année.
L'argent n'est pas un gros mot. Il doit tout simplement être la conséquence d'un risque, d'un travail, d'un investissement. Tout est là. Et le bon sens avec.