Vendredi 12 juin 2009
5
12
/06
/2009
11:37
-
Par gp
Le scrutin européen du 7 juin dernier appelle des commentaires particuliers tant les résultats sont riches
en enseignements. Une mise en garde d'importance, toutefois : tirer des conclusions hatives du seul scrutin européen constitue toujours une erreur majeure à laquelle, me semble
t-il, nombre de commentateurs de la vie politique française n'ont pas échappé. Les leçons du passé n'ont toujours pas été retenues : la percée des Verts dans les années 1980, celle des
souverainistes dans les années 1990, par exemple, n'ont jamais, ou si peu, été suivies d'effets par la suite. Prudence, donc !
Ce préambule effectué, nous pouvons effectuer une analyse détaillée approfondie.
En France, d'abord, la victoire de l'UMP est nette :
- la majorité présidentielle arrive nettement en tête, inverse le rapport de force des élections européennes précédentes de 2004 (le PS avait rassemblé près de 29% des suffrages quand le parti
d'Alain Juppé obtenait 16% des voix), approche le score historique de Nicolas Sarkozy obtenu au premier tour de l'élection présidentielle et affirme, de manière écrasante, son hégémonie sur la
droite de la droite qui n'obtient que 10% des voix quand elle dépassait les 20% en 2004 et les 30% en 1999. Le recul du FN (quoique stabilisé dans le Nord-Ouest) et le tout petit score de
Libertas (4,6%, malgré les Pays-de-la-Loire et Poitou-Charentes, quand le MPF et CPNT totalisaient plus de 9% en 2004) illustrent la capacité du locataire de l'Elysée à
incarner la synthèse de la France du Oui et du Non. A lui de poursuivre le rythme des réformes : quand la France veut, Sarkozy peut, ou l'inverse... Les Français ont plutôt validé la première
partie du quinquennat. Même si la droite populaire, et c'est inquiétant, a nettement décroché.
- le Modem a, certes, échoué mais quelle imprudence aveugle dans les différents commentaires entendus ici ou là ! Non, François Bayrou n'est pas mort, loin s'en faut. Près de 70% de son
électorat s'est abstenu selon les différents rapports de la SOFRES ou de CSA, chiffre qui démontre la grande capacité de rebond dont dispose le Béarnais s'il saisit la leçon européenne pour
bien préparer les régionales en incarnant une alternative de fond, et non de simple forme, à l'actuelle majorité. La très forte mobilisation des "bobos" citadins (27,5% pour Cohn-Bendit à Paris
!!), ses mauvaises prestations dans la dernière semaine (mauvais joueur contre les sondages, égocentré sur 2012,...) et l'opportune diffusion devant près de 9 millions de téléspectateurs du
film Home ont détourné, provisoirement selon moi, ses électeurs de la troisième force qu'il prétend incarner.
- A gauche, les forces sont éclatées comme l'était la droite dans les années 1990 : une gauche radicale qui refuse de gouverner (6% pour le NPA et LO), une ultra-gauche qui fait une percée
grâce à la campagne dynamique de terrain de Jean-Luc Mélenchon (6% pour le Front de Gauche), Europe-Ecologie (qui, ne l'oublions pas, rassemblait les Verts, les amis de José Bové et ceux de
Nicolas Hulot) jubile (plus de 16% des voix) et le PS souffre d'un réel manque de mobilisation et de leadership. Le grand défi de demain pour la rue de Solférino : sa capacité à créer une
maison commune de la gauche ouverte à la fois au Front de Gauche et aux centristes, avec des porte-parole renouvelés, tels Peillon ou Filippetti, et un projet audacieux... Seule bonne nouvelle
pour la gauche : un Besancenot "cornérisé" par la dynamique de Mélenchon, plus ouvert que l'excessif facteur à la négociation...
Dans les circonscriptions inter-régionales, le PS subit un sérieux revers mais reste favori pour les élections régionales de mars 2010 :
- Ile-de-France
: Le PS y subit une cuisante défaite, en étant largement
devancé par la liste Europe Ecologie de
Daniel Cohn-Bendit (20,87 %, quatre
sièges). Menée par les ministres Michel
Barnier et Rachida Dati, la
liste UMP obtient 29,59 %, contre 17,79 % en 2004. La liste PS, menée par Harlem Désir, n'obtient que 13,57 %, contre 25,02 % en 2004. Le porte-parole du PS, Benoît Hamon, député européen sortant n'a pas été
réélu. Comme dans le reste de la France, le MoDem a subi un revers (8,53 %), seule Marielle de Sarnez étant réélue. Enfin, Libertas perd la moitié des voix obtenus par Paul-Marie Coûteaux en
2004 et franchit, à peine, les 3% devançant d'un cheveu la liste de Nicolas Dupont-Aignan qui obtient un honorable 2,5% (et près de 2% et 300 000 suffrages au niveau
national).
- Nord-Ouest : L'UMP arrive largement en tête avec 24,22 % et quatre élus, et double
quasiment son score de 2004. Le PS est devancé dans les quatre régions de la circonscription (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Basse et Haute-Normandie), pourtant toutes dirigées par des
socialistes. Europe Ecologie a presque doublé son score (12,10 % contre 6,83 %, un élu) et le Front national est en légère baisse (10,18 % contre 12,86 %, un élu), mais Marine Le Pen est réélue
au Parlement européen. Le FN obtient dans cette région le meilleur score national du parti. Le MoDem (8,67 %) et le Front de gauche (6,84 %) comptent chacun un
élu.
- Ouest : Retournement de situation
cinglant pour le Parti socialiste, qui était arrivé en tête en 2004 : dans tous les départements, l'UMP remporte la majorité des suffrages. La majorité présidentielle menée par Christophe Béchu remporte ainsi 3 sièges,
devant le PS (19 %, 2 élus). Europe Ecologie remporte 2 sièges, avec notamment l'élection au Parlement européen de Yannick Jadot, ancien de Greenpeace. La tête de liste du MoDem, Sylvie Goulard, est élue. Enfin, Philippe de Villiers conserve son siège de
député européen, grâce à un bon score sur ses terres (33% par rapport aux 38% de 2004).
- Centre Massif Central : avec 28,51% des voix, l'UMP arrive largement en tête devant le PS (près de 18%) et les Verts (13,5%). 3 sièges pour la majorité présidentielle portée
par Brice Hortefeux, 1 siège pour le PS et 1 pour Europe-Ecologie. Le Modem n'atteint pas la barre des 10% (8,1%), juste devant le Front de Gauche. Et Libertas ne franchit pas le seuil des 5%
malgré le soutien des chasseurs (2,5% en 2004). A noter le score surprenant des écologistes indépendants de Francis Lalanne, Antoine Waechter et Partice Drevet qui récoltent près de 3,5%,
comme au niveau national : Home, sweet Home...
- Sud-Ouest : Avec moins de 18 % des
voix, le Parti socialiste s'est là aussi effondré : il devra se contenter de deux sièges. La liste UMP de Dominique Baudis réussit vraiment son pari : le patron de l'Institut du Monde Arabe (IMA) est arrivé en tête
avec près de 27 % des voix, et envoie 4 élus au Parlement européen. Les écologistes conduits par José Bové ont, comme au niveau national, fait une percée significative en récoltant 15,7 % des suffrages et 2
sièges. A Bordeaux et Toulouse, ils ont même obtenu respectivement 22,34 % et 22,04 % des suffrages. Le MoDem, conduit par le président du Credoc, Robert Rochefort, ne parvient pas à faire mieux
que 8,6 % (1 élu), devançant d'un cheveu la liste Front de gauche (8,15 %), conduite par Jean-Luc Mélenchon. Le sénateur de l'Essonne devrait donc abandonner le Sénat pour le Parlement
européen.
- Est : Joseph Daul, tête de liste de l'UMP, sortant dans
l'Est, a été réélu avec 29,30 % des voix (4 sièges), devançant largement les listes PS (16,89 %) et Europe Ecologie (14,52 %), conduites par Catherine Trautmann et Sandrine Bélier. Le MoDem a fait à peine mieux
que le Front national (9,43 % contre 7,66 %, un siège chacun).
- Sud-Est : La liste UMP, conduite par
Françoise Grossetête, députée
sortante, réalise un bon résultat, avec 29,5 % des voix, et envoie cinq élus à Strasbourg. La liste PS conduite par Vincent Peillon réalise un score décevant et ne remporte que 2 sièges ; le député sortant avait abandonné sa région
Picardie pour se présenter dans le Sud-Est. La bonne opération est réalisée par la liste Europe Ecologie menée par Michèle Rivasi : avec 17,3 %, les écologistes enverront trois députés au Parlement européen. Le MoDem, emmené par
l'ex-écologiste Jean-Luc Bennahmias,
n'arrache qu'un seul siège avec 7,50 % des voix. Les centristes sont dépassés par le Front national, qui obtient 8,5 % des voix, sauvant le siège de Jean-Marie Le
Pen.
- Outre-mer : L'UMP retrouve la
première place aux élections européennes dans la circonscription outre-mer. Mais, paradoxalement, sa tête de liste Marie-Luce Penchard, tout comme Ericka Bareigts (PS), n'ont pas été élues lors
d'un scrutin au taux de participation très faible (23,12 %). L'ancien député Elie Hoarau (PCR) arrive en tête dans l'océan Indien. Le Néo-Calédonien Maurice Ponga (UMP) est
élu dans le Pacifique et le vice-président du conseil régional de Guadeloupe, Patrice Tirolien (PS), en Atlantique, malgré un mauvais score (15,58 %).
Enfin, au niveau européen, les forces de droite arrivent largement en tête sur les 736 sièges :
|
Groupe politique
|
Nb de sièges
|
Score en %
|
|
PPE (Droite)
|
264
|
35.9
|
|
PSE (Gauche)
|
161
|
21.9
|
|
ALDE (Libéraux et démocrates, dont Modem)
|
80
|
10.9
|
|
Les Verts
|
53
|
7.2
|
|
Europe des Nations (Droite conservatrice)
|
35
|
4.8
|
|
Gauche radicale
|
32
|
4.3
|
|
IND-DEM (dont UKIP anglais (14 sièges) et l'élu Libertas)
|
18
|
2.4
|
|
Autres (dont conservateurs britanniques et tchèques)
|
93
|
12.6
|
Ces élections européennes ont ainsi signifié, nettement, la victoire d'une Europe politique, enracinée et concrète, respectueuse des Peuples et des Démocraties, d'une
Europe qui tourne le dos aux technocrates bruxellois. A l'image du programme de Silvio Berlusconi, des conservateurs britanniques, de la CDU-CSU allemande ou encore de l'UMP française. Et
la validation de la stratégie européenne de Nicolas Sarkozy qui avait réconcilié les partisans du Oui et du Non à la Constitution européenne lors de la Présidence française de l'Union au
dernier semestre 2008.
La deuxième partie du quinquennat commence avec en ligne de mire la nécessité de poursuivre les réformes pour adapter la France aux enjeux de notre temps, mais aussi
des élections régionales de mars 2010 qui s'annoncent très compliquées pour la majorité présidentielle avec nombre de ministres têtes de liste, comme ici en région Centre
avec Hervé Novelli.
Pour ce faire, il faudra mobiliser et convaincre les électeurs de la droite populaire qui ont boudé les urnes dimanche dernier (70 à 75% d'abstention chez les ouvriers, les
employés et les classes moyennes), qui n'avaient pas fait défaut à Nicolas Sarkozy en 2007 et qui, seuls, pourraient faire basculer les régions détenues quasi-exclusivement par le Parti
socialiste depuis 2004. L'enjeu est d'importance. A suivre...