Samedi 18 juillet 2009 6 18 /07 /2009 13:10
- Par gp
Le candidat l'avait promis, le Président l'a-t-il fait ? Nicolas Sarkozy fait-il ce qu'il dit et dit-il ce qu'il fait ? A travers ces questions, il ne s'agit pas ici de procéder à un recensement exhaustif de toutes les mesures faites pendant la campagne présidentielle, ce travail étant déjà réalisé avec sérieux et précision par de nombreux sites, à l'aide de baromètres en tous genre et de notes à tout va. Après avoir choisi notre candidat à l'aide d'un bulletin de vote, l'on se plait à remplir le bulletin de notes du Président. La question du bilan du Président de la République mérite d'être posée, et peut être analysée selon trois échelles : son action sur la scène mondiale, son action au niveau européen et son action en France.

Sur la scène mondiale d'abord. Le début du quinquennat a été marqué par un virage atlantiste mal compris et mal venu. Vacances outre-Atlantique, volonté d'ouvrir une «nouvelle ère» avec les Etats-Unis et promotion de relations franco-américaines idylliques, malgré des évidentes différences sur la politique étrangère entre la France et les Etats-Unis. Atlantisme atténué au fil des mois jusqu'à ce que Nicolas Sarkozy réintégre la France dans le commandement militaire intégré de l'Otan. Sarkozy l'Américain a changé : il porte, avec force et convictions, l'image d'une France forte et active sur la scène internationale. Les différentes crises en Europe de l'Est, en Afghanistan et au Proche-Orient ont modelé un Président plus pragmatique. La France ne doit-elle pas rester une puissance d'équilibre, une puissance de contre-poids face à toutes les hégémonies et porter la parole des Nations libres du monde ? Dans le même temps, peut-on, aujourd'hui, au XXIème siècle déserter le commandement militaire de l'OTAN alors que nos troupes servent, par milliers, sur de si nombreux théâtres d'opération ? L'influence de ses conseillers, Henri Guaino comme Max Gallo, lui a permis de rééquilibrer avantageusement sa politique étrangère, dépoussiérée et indispensablement indépendante. La politique étrangère de la France se doit d'être d'inspiration gaullienne. 
Dans ce domaine, un autre chantier reste à mettre à l'actif du Président de la République, c'est l'Union pour la Méditerranée qu'il appelle de ses vœux. Cette belle idée consiste à réunir les pays riverains de la Grande Bleue et les 27 de l'UE afin de mettre en œuvre une politique commune dans les domaines de l'énergie, de l'environnement, de la gestion des flux migratoires, domaines dans lesquels les enjeux sont de taille : politique de l'eau, dépollution, co-développement,... le partenariat avec la Turquie doit se faire dans ce cadre et non par une adhésion à l'UE.
Au niveau européen, force est de reconnaître le volontarisme du chef de l'Etat lors de la crise financière de l'automne dernier : plans de relance, fonds souverains, sommets européens et mondiaux, personne ne pourra reprocher à Nicolas Sarkozy de ne pas avoir été à la manœuvre et à l'initiative. Et Nicolas Sarkozy a su tirer profit du bilan de la Présidence française de l'Union européenne : les résultats du scrutin européen de juin dernier le démontrent. Le traité de Lisbonne, dont la ratification se poursuit malgré le non irlandais, est censé permettre une Europe plus politique que technocratique. Mais rédigé avant la crise financière, il ne permet pas la mise en œuvre des mesures nécessaires de protection économique, de régulation et de transparence financières pour l'élaboration d'un nouveau capitalisme « moralisé ». 
Sur la question de l'élargissement, Nicolas Sarkozy a, à de multiplies reprises, réaffirmé son opposition à l'adhésion de la Turquie à l'UE. La récente nomination de Pierre Lellouche, connu pour ses prises de position en faveur de l'intervention militaire en Irak comme de l'adhésion turque, est apparue incohérente. Jusqu'à ce que ce dernier, dans un entretien à l'Express, ait clarifié ses intentions : « Ma position est celle du gouvernement. Il n'y a qu'une ligne et je l'appliquerai » et insisté : « la Turquie avec l'Europe, mais pas dans l'Europe. » Dont acte.

Enfin, à l'échelle de la France. Que de changements depuis mai 2007 ! Entre le Nicolas Sarkozy bling bling qui collectionne les Une de la presse people (il a lui-même reconnu "avoir commis des erreurs" au début du quinquennat - le Nouvel Observateur, 2 juillet 2009), et le Président si efficace et si volontariste qui enchaine les réformes à un rythme effréné et qui parcourt le monde et la France à la recherche de solutions concrètes aux problèmes de nos compatriotes ! Que de changements aussi avec ses prédécesseurs à tel point qu'aujourd'hui, la principale critique émise par l'opposition à l'égard du chef de l'Etat est « de trop en faire »... Que de changements enfin avec le passé. Nicolas Sarkozy avait promis d'être le candidat de la rupture, qu'en est-il vraiment ? Promesses tenues pour la modernisation des institutions, le soutien aux PME et au monde de l'entreprise, la baisse de la TVA, la relance du pouvoir d'achat, une gestion plus ferme des flux migratoires, la réforme de la justice, la baisse de la fiscalité, l'autonomie des universités ou encore du service minimum à l'école et dans les transports. Promesses tenues pour la vie politique en générale qui passe par l'ouverture, la prise de risque, la volonté de bousculer les lignes ou encore l'instauration de la culture du résultat. Un bémol toutefois : Nicolas Sarkozy n'a pas rompu avec l'idée fausse pourtant largement répandue selon laquelle la culture serait de gauche. Et ce n'est pas la nomination de Frédéric Mitterrand qui rétablira l'équilibre. Ce dernier a pris la défense du rappeur Orelsan et de sa chanson « sale pute », le comparant à ...Rimbaud ! Peut-être que le nouveau ministre de la Culture fera ériger une statue d'Orelsan, comme son oncle François, alors Président de la République l'avait fait pour l'auteur des Illuminations et du Dormeur du Val....

Il reste un peu plus d'une moitié de mandat pour Nicolas Sarkozy pour poursuivre sa politique et compléter les réformes indispensables à notre pays. A ses côtés, nous devons soutenir la majorité présidentielle pour développer une politique forte et courageuse fondée sur deux piliers fondamentaux : la politique de l'ordre, c'est-à-dire des valeurs, des repères, de l'autorité, du mérite, du travail, de l'effort, des convictions et la politique du mouvement, c'est-à-dire l'innovation, l'ouverture, le dialogue, la réforme, l'indulgence, le respect, l'action.

Deux piliers - ordre et mouvement - et un fil directeur : du sens, c'est-à-dire le Bien commun, l'intérêt général, la France. La "chose publique" ne saurait être assignée à une technologie du pouvoir aux mains des importants, des habiles et des rusés. Il lui faut, au contraire, s'enraciner dans l'existence et le réel, et la féconder pour lui donner du sens. Comme l'écrit Vincent Peillon, député européen socialiste et agrégé de philosophie, dans son passionnant "Jaurès et la religion du socialisme", citant le député des mineurs de Carmaux : " le courage , c'est d'être tout ensemble, quel que soit son métier, un praticien et un philosophe".

Le défi de demain, le nôtre, c'est de retrouver l'inspiration, le souffle, la flamme qui font tant défaut aujourd'hui où nul n'ose plus tracer la perspective au-delà de l'horizon court des conjoncturistes, comme si nous étions réduits, dans nos mobiles, nos motifs, nos élans, nos envies, nos désirs, à la sèche prudence des juristes, à l'économe froideur des statisticiens, à la pesante et prétentieuse tristesse des administrateurs. Politique et mystique, comme le proclamaient Jaurès et Péguy, sont inséparables. A l'aube d'un siècle nouveau, le Président doit tracer un chemin, développer un élan et offrir une espérance !

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